‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 90 sur 115 · Quelques femmes ont voulu cacher leur · texte numérisé non relu

Quelques femmes ont voulu cacher leur

conduite sous les dehors de la modesiie ; et tout ce que chacune a pu gagner par une continuelle affectation, et qui ne s'est jamais démentie, a été de faire ilire de soi : On l'auroit prise pour une vestale.

il. C'est dans les femmes une violente preuve d'une réputation bien nette et bien établie, qu'elle ne soit pas même effleurée par la familiarité de ijuelques-iuies qui ne leur ressemblent point, et qu'avec toute la pente qu'on a aux malignes explications, on ait recours à une tout autre raison de ce conmierce qu'à celle de la convenance des mœurs.

48. Un comique outre sur la scène ses personnaf;es ; un poète charge ses descriptions; un peintre qui fait d'après nature force et exagère une passion, un contraste, des attitudes; et celui qui copie, s'il ne mesure au compas les grandeurs et les proportions, grossit ses figures, donne à toutes les pièces i|ai entrent dans l'ordonnance de son tableau plus de volume que n'en ont celles de l'original ; de même la pruderie est une imitation de la sagesse.

11 Y a une fausse modestie qui est vanité; une fausse gloire qui est légèreté; une fausse grandeur qui est petitesse; une fausse vertu qui est hypocrisie; une fausse sagesse qui est pruderie.

Une femme prude paye de maintien et de paroles, une femme sage paye de conduite. Celle-là suit son humeur et sa complexion, celle-ci sa raison et son coeur. L'une est sérieuse et austère; l'autre

est, dans les diverses rencontres, précisément ce qu'il faiiKju'cUe soit. La première cache des foibles sous de plausibles dehors; la seconde couvre un riche fonds sous un air libre et naturel. La pruderie contraint l'esprit, ne cache ni 1 âge ni la laideur; souvent elle les suppose : la sagesse, au contraire, pallie les défauts du corps, ennoblit l'esprit, ne rend la jeunesse que plus pitpiante, et la beauté que plus périlleuse.

49. Pourquoi s'en prendre aux hommes de ce que les femmes ne sont pas savantes? Par quelles lois, par quels cdils, par quels rescrits leur a-t-on défendu d'ouvrir les yeux et de lire, de retenir ce qu'elles ont lu, et d'en rendre compte ou dans leur conversation ou par leurs ouvrages? Ne se sontelles pas au contraire établies elles-mêmes dans cet usage de ne rien savoir, ou par la foiblesse de leur complcxion , ou par la paresse de leur esprit , ou par le soin de leur beauté, ou par une certaine légèreté qui les empêche de suivre une longue étude, ou par le talent et le génie qu'elles ont seulement pour les ouvrages de la main, ou par les distractions que donnent les détails d'un domestique, ou par un éloigncment naturel des choses pénibles et sérieuses, ou par une curiosité toute différente de celle qui contente l'esprit, ou par un tout autre \ goût que. celui d'exercer leur mémoire? Mais, à quelque cause que les hommes puissent devoir cette

ignorance des femmes, ils sont heureux que les femmes, qui les dominent d'ailleurs par lant d'endroits, aient sur eux cet avantage de moins.

On regarde une femme savante comme on fait une belle arme : elle est ciselée ariistement, d'une polissure admirable, et d'un travail fort recherché; c'est une pièce de cabinet, que l'on montre aux curieux, qui n'est pas d'usage, qui ne sert ni à la guerre ni à la chasse, non plus qu'un cheval de manège, quoique le mieux instruit du monde.

Si la science et la sagesse se trouvent unies en un même sujet, je ne m'informe plus du sexe, j'admire; et, si vous me dites qu'une femme sage ne songe guère à être savante, ou qu'une femme savante n'est guère sage, vous avez déjà oublié ce que vous venez de lire, que les femmes ne sont détournées des sciences que par de certains défauts : concluez donc vous-même que moins elles auroient de ces défauts, plus elles seroient sages, et qu'ainsi une femme sage n'en seroit que plus propre à devenir savante, ou qu'une femme savante, n'étant telle que parce qu'elle auroit pu vaincre beaucoup de défauts, n'en est que plus sage.

50. La neutralité entre des femmes qui nous sont également amies, quoiqu'elles aient rompu pour des intérêts où nous n'avons nulle part, est im point difficile : il faut choisir souvent entre elles, ou les perdre toutes deux.

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51. 11 y a lelle femme qui aime mieux son argent que ses amis, et ses amanls que son argent.

5-2. Il est étonnant de voir dans le cœur de certaines femmes quelque chose de plus vif et de plus fort que lamour pour les hommes, je veux dire l'ambition et le jeu : de telles femmes rendent les hommes chastes; elles n'ont de leur sexe que les habits.

53. Les femmes sont extrêmes; elles sont meilleures ou pires que les hommes.

54. La plupart des femmes n'ont guère de principes; elles se conduisent parle cœur, et dépendent pour leurs mœurs de ceux qu'elles aiment.

55. Les femmes vont plus loin en amour que la plupart des hommes ; mais les hommes l'emportent sur elles en amitié.

Les hommes sont cause que les femmes ne s'aiment point.

56. Il y a du péril à contrefaire. Lise, déjà vieille, veut rendre une jeune femme ridicule, et elle-même devient difforme; elle me fait peur. Elle use, pour l'imiter, de grimaces et de contorsions : la voilà aussi laide qu'il faut pour embellir celle dont elle se moque.

57. Ou veut à la ville que bien des idiots et des idiotes aient de l'esprit. On veut à la cour que bien des gens manquent d'esprit, qui en ont beaucoup ; et, entre les personnes de ce dernier genre,

DES FEMMES. aiT

une belle femme ne se sauve qu'à peine avec d'autres femmes.

58. Un homme est plus fidèle au secret d'autrui qu'au sien propre : une femme , au contraire , garde mieux son secret que celui ilaulrui.

59. 11 n'y a point dans le cœur d'une jeune personne un si violent amour auquel 1 intt'rét ou l'anibilion n'ajoute rjuclque cl]o.= e.

60. Il y a un temps où les filles les plus riches doivent prendre parti; elles n'en laissent guère échapper les premières occasions sans se préparer un long repentir : il semble que la répulatioa des biens diminue en elles avec celle de leur beauté. Tout favorise au contraire une jeune personne, jusques à l'opinion des hommes, qui aiment à lui accorder tous les avantages qui peuvent la rendre plus souhaitable.

61. Combien de filles à qui une grande beauté n'a jamais servi qu'à leur faire espérer une grande fortune !

62. Les belles filles sont sujettes à venger ceux de leurs amants qu'elles ont maltraités, ou par de laids, ou jiar de vieux, ou par d'indignes maris.

63. La plupart des femmes jugent du mérite et de la bonne mine d'un homme par l'impression qu'ils font sur elles, et n'accordent presque ni l'un ni l'autre à celui pour qui elles ne sentent rien.

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