‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 96 sur 115 · Les froideurs et les relâchements dans l'a · texte numérisé non relu

Les froideurs et les relâchements dans l'a

' « Il y a une certaine sorte d'amour dont l'excès empêche la jalousie. » (La. Iïochefoucauld , Maxime 336.)

' « Les infidélités devroient éteindre l'aiTiour, et il ne faudroit pas être jaloux <juand on a sujet de l'être. 11 n'y a que les personnes qui évitent de donner de la jalousie, qui soient dignes qu'on en ait pour elles. » (L\ Rochefoucauld, Maxime 359. <

miiié ont leurs causes : en amour, il n'y a guère

d'autre raison de ne s'aimer plus que de s'être trop

aimés.

31. L'on n'est pas plus maître de loujouis aimer qu'on ne l'a été de ne pas aimer.

32. Les amours meurent par le dégoût, et l'oubli les cnierre.

33. Le commencement et le déclin de l'amour se font sentir par l'embarras où l'on est de se trouver seuls.

34. Cesser d'aimer, preuve sensible que l'homme est l)orné, et que le cœur a ses limiies.

C'est foiblesse que d'aimer; c'est souvent une autre foiblesse que de guérir.

On guérit comme on se console; on n'a pas dans le cœur de quoi toujours pleurer, et toujours aimer,

3."). Il dcvroit y avoir dans le cœur des sources inépuisables de douleur pour de certaines perles. Ce n'est guère par vertu ou par force d'esprit que l'on sort d'une grande affliction : l'on pleure amèrement, et l'on est sensiblement touché : mais l'on est ensuite si foible , ou si léger, que l'on se console '.

3(5. Si une laide se fait aimer, ce ne peut être

' « Nous nous consolons souvent par foibiesae des maut dont la raison n'a pas la force de nous consoler. » (L\ RoCHEFOUCAtXD , Maxinic 325.)

DU C0EUI5. 293

qii'éperdumeiU; car il faut que ce soit ou par uuc étrange foiblesse de son amant , ou par de plus secrets et de plus invincibles charmes que ceux de la beauté.

37. L'on est encore longtemps à se voir par habitude, et à se dire de bouche que l'on s'aime, après que les manières disent qu'on ne s'aime plus ' .

38. Vouloir oublier quelqu'un, c'est y penser L amour a cela de commun avec les scrupules, qu'i l s'aigrit par les réflexions et les retours que l'on fait pour s'en délivrer. Il faut, s'il se peut, ne point songer à sa passion, pour l'affoiblir.

39. L'on veut faire tout le bonheur, ou, si cela ne se peut ainsi, tout le malheur de ce qu'on aime.

40. Regretter ce que l'on aime est un bien , en comparaison de vivre avec ce que l'on hait.

4L Quelque désintéressement qu'on ait à l'égard de ceux qu'on aime, il faut quelquefois se contraindre pour eux, et avoir la générosité de recevoir.

Celui-là peut prendre qui goûte un plaisir aussi délicat ;i recevoir que son ami en sent à lui donner.

42. Donner, c'est agir; ce n'est pas souffrir de ses bienfaits, ni céder à l'importunité ou à la nécessité de ceux qui nous demandent.

' '^ On a bien Jt- là peine à rompre quand on ne s'aime plus. 1 (La Rocuefoucvuld, Maxime 351.)

43. Si l'on a donné à ceux que l'on aimoil, quelque chose qu'il arrive, il n'y a plus d'occasions où l'on doive songer à ses bienfaits.

44. On a dit en latin qu'il coûte moins cher de haïr que d'aimer; ou, si l'on veut, que l'amitié est plus à charge que la haine. Il est vrai qu'on est dispensé de donner à ses ennemis; mais ne coûict-il rien de s'en venger? ou, s'il est doux et naturel de faire du mal à ce que l'on hait, l'cst-il moins de faire du bien à ce qu'on aime? ne seroit-il pas dur et pénible de ne leur en point faire?

45. Il y a du plaisir à rencontrer les yeux de celui à qui l'on vient de donner.

46. Je ne sais si un bienfait qui tombe sur un ingrat, et ainsi sur un indigne, ne change pas de nom, et s'il méritoii plus de reconnoissance.

47. La libéralité consiste moins ù donner beaucoup qu'à donner à propos '.

48. S'il est vrai que la pitié ou la compassion soit un retour vers nous-mêmes, qui nous met en la place des malheureux, pourquoi lirent-ils de nous si peu de soulagement dans leurs misères?

Il vaut mieux s'exposer à l'ingratitude que de manquer aux misérables.

Page 1