‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 97 sur 115 · L'expérience confirme que la mollesse ou l'in · texte numérisé non relu

L'expérience confirme que la mollesse ou l'in

I a Assez de gens méprisent le bien ; mais peu savent le donner. » (La UocnEFOUCAULD, Maxime 301.)

DU COELP.. 295

diligence pour soi et la dureté pour les autres n'est qu'un seul et même vice.

50. Un homme dur au travail et à la peine, inexorable à soi-même, n'est indulgent aux autres que par un excès de raison.

51. Quelque désagrément qu'on ait à se trouver chargé d'un indigent , l'on goûte à peine les nouveaux avantages qui le tirent enfin de notre sujétion : de même , la joie que l'on reçoit de l'élévation de son ami est un peu balancée par la petite peine qu'on a de le voir au-dessus de nous, ou s'égaler à nous. Ainsi l'on s'accorde mal avec soimême ; car l'on veut des dépendants, et qu'il n'en coîite rien : l'on veut aussi le bien de ses amis; cl, s'il arrive, ce n'est pas toujours par s'en réjouir que l'on commence.

52. On convie; on invite; on offre sa maison, sa table, son bien, et ses services : rien ne coûte qu'à tenir parole.

53. C'est assez pour soi d'un fidèle ami; c'est même beaucoup de 1 avoir rencontré : on ne peut en avoir trop pour le service des autres.

ôi. Quand on a assez fait auprès de certaines personnes pour avoir dû se les acquérir, si cela ne réussit point, il y a encore une ressource, qui est de ne plus rien faire.

55. Vivre avec ses ennemis comme s ils dévoient un jour être nos amis, et vivre avec nos amis coiniiie

s'ils poiivoicnt devenir nos ennemis, n'est ni selon la nature de la haine, ni selon les règles de l'amitié : ce n'est point une maxime morale, mais politique.

50. On ne doit pas se faire des ennemis de ceux qui, mieux conims, pourroient avoir rang entre nos amis. On doit faire choix d'amis si sûrs et d'une si exacte probiief, que, venant à cesser de l'être, ils ne veuillent pas abuser de notre confiance, ni se faire craindre comme nos ennemis.

57. Il est doux de voir ses amis par goût et par estime; il est pénible de les cultiver par intérêt ; c'est solliciter,

58. Il faut briguer la faveur de ceux à qui l'on veut du bien, plutôt que de ceux de qui l'on espère du bien.

59. Ou ne vole point des mêmes ailes pour sa fortune que l'on fait pour des choses frivoles et de fantaisie. Il y a un sentiment de liberté à suivre ses caprices, et tout au contraire de servitude à courir pour son établissement : il est naturel de le souhaiter beaucoup et d'y travailler peu, de se croire digne de le trouver sans lavoir cherché.

CO. Celui qui sait attendre le bien qu'il souhaite, ne prend pas le chemin de se désespérer s'il ne lui arrive pas; et celui au contraire qui désire une chose avec une grande impatience, y met trop du sien pour en être assez recompensé par le succès.

DU COEUn. 297

61". Il y a de certaines gens qui veulent si ardemment et si déterniinéinent une cerlaine chose, que, de peur de la manquer, ils n'oublient rien de ce qu'il faut faire pour la manquer.

62. Les choses les plus souhaitées n'arrivent point ; ou, si elles arrivent, ce n'est ni dans le tenqis ni dans les circonstances où elles auroient fait un extrême plaisir.

63. Il faut rire avant que d'être heureux, de peur de mourir sans avoir ri.

64. La vie est courte, si elle ne mérite ce nom que lors{|u'elle est agréable; puisque, si l'on cousoit ensemble toutes les heures que l'on passe avec ce qui plaît, l'on feroit à peine d'un grand nombre il'aniiées une vie de quelques mois.

Page 1