‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 138 sur 146 · Ouvrage publié en · texte numérisé non relu

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1. G. Leti a donné en 1700 la Vie de Charles-Quint, et non de François 1"'.

3. Il s"agit de la Vie de François P"" par Varillas, publiée à la Haye en lG8i.

Un Lexique de La Bruyère ne saurait être une liste de tous les mots ou de tous les tours de plirase qui se trouvent dans La Bruyère, pas même de tous ceux qui, a}ant eu cours au xvu* siècle, sont aujourd'hui plus ou moins tombés en désuétude. On ne trouvera ici que les expressions et les locutions qui ont paru les plus propres à La Bruyère lui-même et aux écrivains de son temps, à savoir de la fin du xvu^ siècle. Sa langue n'est tout à fait ni celle de Descartes ni celle de Voltaire : elle marque une période de transition entre l'une et l'autre. La Bruyère méritait d'autant plus d'être étudié au point de vue de la langue, quïl s'est beaucoup préoccupé de ce point de vue, comme le prouve la fin du chapitre qui a pour titre : De quelques usages.

'!. A (avec l'iafinitif), souvent employé au xvii'^ siècle dans des phrases où l'on emploie aujourd'hui en et le participe, par souvenir du gérondif latin, ce qui forme une tournure très-lourde. Molière, le Bourgeois cjenlllkomine, II!, 12 : « On ne devient i^uère si riche à être honnêtes gens. » — L'École des femmes, IV, 6 :

L'allégresse du cœur s'augmente à la répandre.

Corneille, Polyeucle :

Mais Dieu, dont il ne faut jamais se défier, Me donne votre exemple à me fortifier.

La Bruyère, du Cœur, n" 66 : « On n3 pourrait se défendre de quelque joie à voir périr un méchant homme. »

2. A (avec rinfinitif], employé dans le sens de pour. Des Esprits forts : « Il y a des hommes qui attendent à être dévots et religieux 11. 27

(luc tout le monde se déclare imjjie et libertin. » — Boileau, épître I.

Faudra-t-il sur sa gloire attendre à in'cxercer, Que ma tremblante voix commence à se glacer?

Abord, d'abord, dès l'abord, aussitôt. Discours sur Théophrasle : « Ils se plaisent dans la lecture des livres qui, supposant les principes physiques et moraux rebattus par les anciens et les modernes, se jettent d'abord dans leur application aux mœurs du temps. » — Molière, Médecin malgré lui, 6 : « Nous autres, grands médecins, nous connaissons d'abord les choses. » — Bossuet, Uisl. univ., I, 8 : « Les Romains furent maîtres d'abord dans un art qu'ils ne connaissaient pas. » Cette locution (dans un sens qui ne suppose pas, comme aujourd'hui, en opposition l'idée de emuile] est très fréquente chez Montesquieu. Ainsi, Grandeur et décadence des Romains, chap. v : « Ce qui avait contribué à mettre les Romains en péril, c'est qu'Annibal arma d'abord ses soldats à la romaine. »

Accès, dans le sens de abord, de démarche: « Leurs yeux, leur démarche, leur ton de voix et leur accès marquent longtemps, en ceux que la fortune accable de ses bienfaits, l'admiration où ils sont d'euxmêmes. » {De l'Hotnme, n° 94.)

Accompagner, être en harmonie avec. Furetière [Diclionnaire) : « Ces deux pavillons accompagnent bien ce bâtiment, font une belle symétrie. » La Bruyère, de la Cour : « Sa voix, sa démarche, son geste, son attitude accompagnent son visage. »

Action, discours [aclio). De quelques usages : « Interrompre les avocats au milieu de leur action. » — Lettres à Condé : « Pour l'action de M. de Meaux [Oraison funèbre de la princesse Palatine) ^ elle a passé ici et it Paris pour l'une des plus belles qu'il ait faites, et même (]ue l'on puisse faire. »

Admirer de, s'étonner de... Discours sur Théophr. : « Nous admirerons de nous y reconnaître nous-mêmes. » — Pascal, P7'0umc, XVII : « On admirera de voir (]ue... » Molière, École des femmes,, I, 6 :

J'admire de le voir au point où le voilà.

Fénelon, de l'Exist. de Dieu, x : « L'homme admire de se voir l)lacé dans l'univers sans savoir comment il y a été mis. » Littré

{Dicl.fr. ne cilc de cetfo construction aucun exomple postérieur nu xvir' siècle.

AEFronter, (l;uis lo scns de provoquer, d'attaquer. Des Jugements : « Si vous voyez deux chiens qui s'aboient, qui s'affrontent, qui se mordent et se déchirent. »

Afin que, Synonyme de pour que, le remplace dans des locutions où pour que conviendrait seul aujourd'hui. Du Mérite personnel, n" 11 : « Ils croient faussement ((u'il leur suffit d'être inutiles ou dans l'indigence, afin (jue la République soit engagée à les placer ou à les secourir. » Cetem[iloi est contraire à la règle qu'établit M. Littré (Dict. de la langue fr.), d'après l'usage actuel : « Toutes les fois que l'idée précise de but, d'intention manquera, il faudra se servir de pour, qui est plus indéterminé que afin que (étymologiquement à fin que...). Dans celte phrase : Pour faire telle chose, il suffit que..., pour est préférable à afin. »

Agir (s'). — Il ne s'agit point st..., dans le sens du latin ; Xon hoc agilur, ou... Des Jugements : « Il ne s'agit point si les langues sont anciennes ou nouvelles. »

Ami, construit à la manière latine 'avec une sorte de datif). Des Femmes, n" 50 ; « La neutralité entre des femmes qui nous sont également amies. » — Molière, Don Juan, III, 4 : « Quelque ami que vous lui soyez. » M. Littré ' Dictionn.) fait observer que « ce genre de régime ne s'emploie qu'avec des pronoms qui se mettent avant le verbe. »

Anéantir, faire rentrer dans le néant, réduire à néant. Du Mérite personnel, n" I ! : « Anéantir le mérite quand il arrive de le discerner. » Racine, Esthcr, I, 4 :

Ainsi donc un perfide, après tant de miracles, Pourrait anéantir la foi de tes oracles?

Apostille. — Au temps de La Brujère, ce mot avait son sens étymolo.L;i(iuc (l'annotation (ce mot vient du bas latin poslilla, qui n'est que la réunion des deux mots post illa. Préf., fin : « Ces différences qui se voient par apostille. » Bossuel, Ilist. des variations, I : « Luther dans les apostilles qu'il fit sur la bulle. » — Balzac l'emploie pour post-scripturn. Lettres,\lll,io: «Ce que j'ai lu dans ra[)Ostille de votre lettre ne m'a pas extièuiement plu. » —

On entend aujourd'hui par le mot apostille une note écrite en marge d'une pétition poui- la recommander.

Artisan, pour artiste. Des Ouvrages de l'espriL, n'' 61 : « Il y a des artisans ou des habiles dont res|)rit est aussi vaste que l'art et la science qu'ils professent. » La Fontaine, Fables, III, 10 :

On exposait une peinture Où l'artisan avait tracé Un lion d'immense stature.

Asseoir (s'). — « Coste, dans son édition (t. II, p. 454), remarque que dans toutes les éditions données par La Bruyère il y a // s'assit, et que le même solécisme se trouve chapitres xi et xiii. Mais dans le chapitre ii, du Mérite persorinel, La Bruyère a écrit il s'assied {du Mérite personnel, caractère de Mopse) : « On l'ôte d'une place « destinée à un ministre, il s'assied à la place d'un duc et pair. » Ce solécisme doit donc fttre mis sur le compte de l'imprimeur, et corrigé; on a eu tort de l'introduire dans les éditions modernes. » (Walckenaer.) — M. Destailleur (t. Il, p. 85 de son édition) ajoute un ou deux exemples de la forme il s'assied. Moins affirmatif et sans doute plus près de la vérité que M. Walckenaer, il en conclut que les deux formes étaient alors en usage.

Au-dessus de, avec l'inBnitif. De la Société : « Tout devient, avec le temps, au-dessous de ses soins, comme il est au-dessus de vouloir se soutenir par le moindre des talents qui ont commencé à le faire valoir. »

Aumônier, qui aime à faire l'aumône. Ex. « Cette femme est grande dévote et grande aumônière. » (Furetière, Diclionn.) — La Bruyère, des Esprits forts : « Il ne convient pas à toute sorte de personnes de lever l'étendard d'aumônier. »

Auprès, préposition accompagnée immédiatement d'un régime direct. De quelques usages : « Un pasteur a sa place dans l'œuvre auprès les pourpres et les fourrures. » — M, Hémardinquer fait remarquer que « cette locution était hors d'usage au temps on écrivait La Bruyère, et qu'il ne l'emploie peut-être ici que pour garder le style ancien de l'étiquette. » Richelet {Dictionnaire français, 1680) ne donne en effet d'exemples que de la locution auprès de.

Aussi, employé avec une négation, dans le sens oiî l'on dit aujourd'hui non plus. Préf. : « Comme les hommes ne se dégoûtent

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point du vice, il ne faut pas aussi se lasser de le leur reprocher. » Des Ouvrages de l'esprit, n° 44 : « Deux écrivains ont blànié Montaigne, que je ne crois pas, aussi bien qu'eux, exempt de toute sorte de blàmc.» Des Esprits forts, n" 37 : « Un être particulier qui pense ne peut pas aussi admettre en soi la moindre matière, a Pascal dit de même, XU" Provinciale : « Les paroles ne peuvent donc servir qu'à vous convaincre d'imposture, et elles ne servent pas aussi davantage pour justifier Vas(iuez. « — Molière, École des femmes, I, 2 :

Ma foi, je n'irai pas.

— Je n'irai pas aussi.

M"'^ de Sévigné (8 juillet 1671) : «Mais, lui, il n'est pas vraisemblable aussi. » — Fénelon, Télëmaque, IX : « Il n'est pas juste qu'il puisse entrer dans les terres de ses voisins; il n'est pas juste aussi que ses voisins puissent entrer dans les siennes. »

Avant que de, tournure ordinaire à La Bruyère et aux écrivains de son temps, au lieu de : avant de. Des Ouvrages de l'esprit, n° 50 : « Avant que de s'émouvoir. » De même Molière, Préface de Tartuffe : « Ne point condamner les choses avant que de les voir. » La Fontaine, Vie d'Ésope : « Avant que de les mener sur la place, il fit habiller les deux premiers. » — Vaugelas, Remarques sur la langue fr. : « 11 faut dire avant que de mourir, et non pas avant que tnourir. »

Aventurier, employé adjectivement. De la Société : « Combien de ces mots aventuriers qui paraissent subitement durant un temps, et que bientôt on ne revoit plus ! »

Avilir, déprécier (et non abaisser, ravaler). De l'Homme : « La modestie n'est point un sentiment intérieur qui avilit l'homme à ses pro|)res yeux, et qui est une vertu surnaturelle qu'on appelle humilité. » De même Fénelon, Traité de l'exist. de Dieu, m : « Saint Augustin dit que les merveilles de l'univers se sont avilies par leur répétition. » Ce sens, qui est le sens étymologique, est resté dans la langue des finances : « Et qu'on ne dise pas que les billets de la cais-e d'escompte ne s'avilissent point. » (Mirabeau.)

Balustre, « petite colonne qui environne le lit des rois et des princes. » (Richelet, Dict. fr., I680J. — La Bruyère, dans son Disc, à l'Acad., emploie ce mot, par métonymie, dans le sens de chambre

royale, sans doute parce qu'il a craint que le mot chambre ne parût pas assez relevé pour un discours académique : « Nous reposons, tandis que le roi, retiré dans son balustrc, veille sur nous et surtout l'État. » ^•

Bienfacteur, bienfactrice, pour hieufaileui', hionfailrice. Cette orthographe était du reste controversée. Le P. Bouhours, Patru, etc., écrivaient comme La Bruyère. Mais l'auteur des Senliments critiques sur les Caractères dit (p. 174) : « Peu se servent aujourd'hui de ces mots bienfacteur, bienfactrice. Ceux qui se piquent de bien parler prononcent bienfaiteur et l'écrivent. » Ce dernier avis a prévalu. C'était déjà celui do VaugeJas, Remarques sur la langue française (1647) : « Bienfaiteur est le meilleur : c'est comme il faut écrire et comme il faut prononcer. Bienfaicteur, avec un c, passe encore, pourvu qu'on ne prononce pas le c. Mais bienfacteur, selon l'opinion des plus délicats, ne vaut rien, quoique plusieurs le disent. » C'était aussi l'avis de Ménage. Balzac plaisante à ce sujet dans une de ses Lettres : « Béni soit mon bienfaiteur ou bienfacteur, puisque M. Vaugelas le veut ainsi, et que, pour si peu de chose, il ne faut pas se brouiller avec ses amis. » En 4694, le Dictionnaire de l'Académie portait encore bienfacteur, bienfactrice. C'est l'orthographe de La Bruyère qui a dû prendre part à cette édition. — Vaugelas, en admettant la forme bienfaicteur, admettait un barbarisme. Il ne se rendait pas compte d'un fait qui n'a été bien éclairci que par la Gramtnaire historique, a savoir la perpétuelle permutation du cl latin en it (exemples : factus, fait; Iractus, trait; conductus, conduit, etc.), ou, quand le et latin n'est pas précédé immédiatement d'une voyelle, sa permutation en un i simple. Exemples : pmictum, point; sanctus, saint; unctus, oint. ^Voyez Brachot, Grammaire historique de la langue française, p. 93.

Brelandier. On disait brelan et brelander. Le mot brelandier était peu répandu, paraît-il, avant La Bruyère. Des Biens de forlune : « Ce genre d'homme que j'appelle des brelandiers. » On le trouve déjà au xiv* siècle et dans Boileau. satire X .•

T"ai-je encore décrit ladamebrelandière?

On le trouve encore dans Regnard, le Joueur, I, 2 :

Qu'elle épouse un joueur, un petit brelandier.

Cadrer à. De la Société : « 11 est, souvent plus court el plus utile de cadrer aux autres que de faire que les autres s'ajustent à nous. »

Capable, dans le sens du mot latin capax qui CAipere polesl). Des Ouvrages de l'esprit: « Touti^enre d'écrire reçoit-il le sublime, ou s'il n'y a que les grands sujets qui en soient capables ? » La Harpe, faute de se rendre compte des variations de la langue, croit devoir ici donner une leçon de français à La Bruyère : « Il faut dire susceptible. Capable signifie qui est en état de faire, et se dit des personnes; susceptible, qui peut recevoir, et se dit des choses. » — Plus loin, La Bruyère dit encore : « Pour le sublime, il n'y a même entre les grands génies (jue les plus élevés qui en soient capables. » — De la Cour : « Ils se sont si bien ajustés, qu'ils deviennent capables de toutes les grâces. »

Capital, chose OU partie principale. De la Cour : « Un homme d'un génie élevé et d'un mérite solide ne fait pas assez de cas de cette espèce de talent, pour faire son capital de l'étudier et de se le rendre propre. » — Du Souverain : « Il faut que le capital d'une affaire soit d'une longue et extraordinaire discussion, si... »

Capriole. On lit dans pros(pie toutes les éditions de La Bruyère, anciennes et modernes, au n" 33 du chapitre des Femmes : « Où trouverez-vous un homme qui passe mieux la capriole?)) Le Dictionnaire de M. Littré, citant ce passage, met : « qui fasse mieux la capriole. » Nous adoptons cette correction : car on ne trouve nulle part d'exemple de l'expression passer la cabriole; on ne se l'explique môme pas, et il est bien probable que c'est une simple faute de typographie. — Quant au mot capriole;, ou cabriole (de l'italien capriola, saut de jeune chèvre), il existait au xvii" siècle sous les deux formes, et déjà Richelet [Dictionn. fr., 1080) disait : v Cabriole parait plus usité dans la bouche de ceux qui dansent, et qui en font tous lesjours. » Il ajoutait : « C'est un saut figuré d'un danseur qui s'élève agilement, et qui coupe l'air par le mouvement redoublé de ses pieds. »

Caresses, démonstrations d'amitié. De la Cour : « Combien de gens vous étouffent de caresses dans le particulier... « Molière, le Misanthrope, I, I :

Je vous vois accabler un homme de caresses, Et témoigner pour lui les dernières tendresses; De protestations, d'offres et de serments, Vous chargez la fureur de vos embrassements...

— La Bruyère emploie dans le inème sens le verbe caresser : « Celui-ci est embrassé et caressé, même des grands; mais il est riche. » [Des Biens de fortune.) — Il ne faut pas voir seulement dans ces mots des hardiesses d'expression : ce sont des traits de mœurs. C'était un reste des habitudes italiennes, qui avaient été longtemps de mode à la cour.

Cas. Dans le cas de, dans la nécessité de. Des Esprits forts : « Mais si les hommes abondent de bien, et que nul ne soit dans le cas de vivre par son travail. »

Cause. .1 cause que, parce que. Des Biens de fortune : « Seulement à cause qu'ils étaient riches. » Cette locution est fréquente au XVII* siècle. Pascal : « Il n'obéit aux lois qu'à cause qu'il les croit « justes. » Bossuet : « Justice qui fait semblant d'être rigoureuse, « à cause qu'elle résiste aux tentations médiocres. » Planche, dans son Dictionnaire de la langue oratoire et poétique, fait remarquer que cette locution devient rare dès le temps de Fléchier et de Massillon.

Cavalier, « gentilhomme qui porte l'épée. » (Richelet, Diclionn. fr.j. De la Ville : « Là il efface le cavalier ou le gentilhomme. »

Cave, caveau funéraire. De la Société : « Il parle de la cave où il doit être enterré. «

Ce n'est pas que (avec l'indicatif, latinisme non quod...) — Du mérite personnel, n" 27 . « Ce n'est pas qu'il faut quelquefois pardonnera celui... » Voltaire a dit de même : o Ce n'est pas que, depuis quelques années, les acteurs ont enfin hasardé d"être ce qu'ils doivent être, des peintures vivantes; auparavant ils déclamaient. »

Chagrin, humeur chagrine. De l'Homme : « L'on a des chagrins et une bile que l'on ne se connaissait pas ; l'on est enfin étonné de se trouver dur et épineux. » De même Saint-Évremond, Observations sur Salluste : « Caton va droit au bien, mais d'un air farouche; il mêle le chagrin de son esprit et la dureté de ses manières avec l'utilité de ses conseils. »

Chef, point d'une discussion, d'un procès. Du Souverain : « Si quelquefois il est lésé dans quelques chefs qui ont été enfin réglés, il crie haut.o)

Cheminer, faire sa fortune peu à peu, sans bruit. De la Cour, n" 62 : « Celui dont il lui échapperait de dire ce qu'il en pense est celui-là même qui, venant à le savoir, l'empêcherait de cheminer. »

LEXIQUK. 42iJ

Comédie ne s'oinplo} ait pas toujours par opposition à li'açédie, mais aussi dans le sens oénéral do pièce de tiiéàtre. Ainsi, des Ouvrages de l'esprit, n" 34 : « Les premières comédies de (Corneille sont sèches, languissantes, etc. » Parce mot de comédies, La Bruyère entend ici toutes les pièces de Corneille, de quelque genre qu'elles soient, comédies, tragédies, tragi-comédies, etc. — C'est en ce sens que l'on dit : la Comédie-Française , pour les acteurs du Théâtre- Français, et comédiens pour acteurs.

Comme. On trouve dans La Bruyère la conjonction comme mise à la place de la préposition et, conjonction également suivie du pluriel : « Une trop grande négligence comme une excessive parure dans les vieillards multiplient leurs rides et font mieux voir leur caducité. » {De l'Homme, n" 1 16.)

Commerce, liaison, fréquentation, société. Disc, sur Tliéoph. : « Le roi Ptolémée entretint toujours un commerce étroit avec ce philosophe. » — Ibid. : « Ces maisons étaient commodes à tout commerce. » — Ibid. : « Quelle politesse dans le commerce ordinaire! » Des Jugements : « L'esprit de société et de commerce entraîne naturellement à ne pas contredire celui-ci et celui-là. »

Comparatif. Le comparatif, dans certaines phrases, se mettait pour le superlatif. Voy. au mot Syntaxe.

Complexion. « Complexion, tempérament. Complexion froide, faible, robuste. » ;Richelet, Dictionn. fr. . — Furetière {Dictionn.) donne à ce mot un autre sens, qui est celui où remjjloie La Bruyère. « Complexion, dit Furetière. se prend en mauvaise part pour une humeur bourrue et fantasque. Ex. : On ne saurait vivre avec cet homme-là, à cause qu'il a d'étranges complexions. » — La Bruyère, du Souverain : « Semblable à un joueur habile, le ph-nipotentiaire n'a ni humeur ni complexion. »

Confirmé [confîrmatiis], affermi dans une croyance, dans une règle de conduite. Des Ouvrages de l'esprit, n" 61 : « Ils vont fort haut, toujours sûrs cl confirmés par le succès des avantages ipie l'on tire quelquefois de l'irrégularité. » — Bourdaloue, Carême, I, Relig. chrét. : « Des athées conQrmés dans leurs désordres. »

Congratuler, [éVicher {avec tine nuafice d'ironie). De la Société : « Quelqu'un congratule Théodème sur un discours qu'il n'a pas entendu. »

Conjuration, coalition. Du Souverain : « Comment résister à une

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si forte et si générale conjuration? » — Corneillo emploie dans le même sens le participe conjure. Horace :

Puissent ses ennemis, ensemble conjurés, Saper ses fondements, encor mal assurés!

Conquérir, faire des conquêtes. De la Société : « Troïle s'en est servi iieureusement pour s'insinuer et pour conquérir. »

Constamment, d'une manière constante, invariable. Des Jugements : a L'on ne pense pas toujours constamment d'un même sujet. »

Consumer, consommer. Des biens de fortune : « Celui-là est riche qui reçoit plus qu'il ne consume. »

Controuver, altérer un fait vrai, inventer. Des Esprits forts : « Voyez le peuple : il controuve. il augmente, il charge par grossièreté et par sottise. »

Convenir, être ci'accord (convenire . Des Femmes, n° \ : c Les hommes et les femmes conviennent rarement sur le mérite d'une femme. » De la Chaire : « L'orateur plaît aux uns. déplaît aux autres, et co7ivient avec tous à une chose... » Bourdaloue^ Pensées, t. II, p. 459 : « Tous les instituts monastiques, quelque différents qu'ils soient d'ailleurs, conviennent en ce point qu'il y ait à la tête de chaque société régulière une puissance qui préside. » Bossuet, Hist. univers., II, 13 : « Des témoins qui conviennent sans s'être entendus. »

Convent, ancienne orthographe du mot couvent, plus conforme à l'étyraologie. La Bruyère, après avoir écrit couvent dans ses six premières éditions, l'écrivit dans les dernières couvent (malgré la prononciation déjà usitée). C'est qu'il ne craignait pas l'archaïsme. (Voir les chap. De quelques usages, et des Femmes, n° 33.) On trouve cette même permutation de Vn en u dans les mots sponsits, époux ; co)istare, coûter^ etc. Voyez Brachet, Grariunaire historique de la langue française, p. 96.'

Courage. — Ce mot, au xvir siècle, se confondait souvent avec le mot cœur, dont il est dérivé. Ex. : La Fontaine, IX, 2 :

Au moins que les travaux.

Les dangers, les soins du voj'age Changent un peu votre courage.

LEXIOUE.

Coiiieillo, Cinna^ IV, 7 :

11 ne reste aucun fruit, que la honte et la rage, Qu'un remords inutile allume en ton courage.

Ibid.

Que tu pénètres mal le fond de mon courage I

La Bruyère, de l'Homme : « 11 tUait, no gai, paisible, magnifique, d'un courage fier et éloigné de toute bassesse. «

Massillon, Carême, mardi de la i" semaine : « C'est même une lâcheté de courage, qui, ne pouvant regarder d'un œil ferme les menaces de la religion, làclie de s'étourdir en disant que ce sont des frayeurs puériles. »

De là le sens du mot courageux dans cette phrase du chapitre des Ouvrages de Vespril, n" 31 : « Quand une lecture vous inspire des sentiments nobles et courageux... »

Courir, avec un régime direct, dans le sens de poursuivre à la course j s'emplojait et s'emploie encore en terme de vénerie : « courir un cerf, un lièvre, un gibier quelconque. » — Pascal, Pensées : « Ce n'est pas qu'on s'imagine que la vraie béatitude est dans le lièvre que l'on court. » — C'est en ce sens, mais métaphoriquement, que La Bruyère dit, des Femmes, n" 33 : « Césonie, qui Ta tant couru, o De la Cour : « L'on court les malheureux pour les envisager. » — De la Chaire : « On court les prédicateurs ([ui peignent en grand. « Ibid. : « L'habitude qu'ont les hommes de courir les femmes partout où elles s'assemblent. »

Goûter. — Il coûte « (on dit aujourd'hui il coûte de). — De la Cour : « Il coûte moins à faire dire de soi...»

Coutume, droit coutumier, « droit particulier ou municipal. » (Furetière.) Des Biens de fortune: « Un pays dont il ne connaît ni la langue, ni les mœurs, ni les coutumes. »

Couvert, ombrage. De l'Homme : « Bois qui donne un beau couvert. »

Crapule, ivrognerie (sens étymologique, crapula, K^ainoiXr,). La Bruyère, dans le chapitre de la Mode, après avoir parlé de l'ivrognerie comme d'un moyen de succès et de faveur, dit : « Il n'y a rien qui mette plus subitement un homme à la mode que le grand jeu : cela va de pair avec la crapule. »

Créance, croyance. De la Sociélé : « Son caraclère jure pour lui, donne créance à ses paroles. » — Ce mot, très-usité au xvii« siècle, ne s'emploie plus guère en ce sens que dans les locutions : ajouter créance (ajouter foi) à...: lettres de créance (terme de diplomatie).

Cultivé, orné. — Disc, sur Théophr. : « Leur vie aurait été cuHivéo par une doctrine universelle. »

Davantage que... — Tournure fréquente dans La Bruyère. Ex. : Disc, sur Théophr. : « Ils ne nous préviendront pas davantage contre la vie simple des Athéniens que contre celle des premiers hommes. » De la Cour: « Je l'estime davantage que cet autre, » etc., etc.

Planche, Dictionn. de la langue oratoire et poét. : « Tous nos grammairiens blâment ce davantage que; il a néanmoins pour lui des autorités assez respecta'oles. » Et il en cite de nombreux exemples.

Littré, Dictionn. fr. : « Les grammairiens modernes ont décidé que davantage ne pouvait être suivi de que. Toutefois cette décision est en contradiction avec l'usage des meilleurs écrivains. » Et il cite des exemples de tous les grands écrivains du xvii« siècle, jusqu'à IMassillon. Il en cite également, au xviir siècle, de J.-J Rousseau. Ajoutons Voltaire, Siècle de Louis A'IV: « Ceux qui admirent davantage le protecteur que le persécuteur du roi Jacques. »

i. De, employé au xvii* siècle dans le sens de au sujet de, relativement à, quant à.

Malherbe :

De moi, déjà deux fois d'une pareille foudre Je me suis vu perclus.

Molière, Amphitryon, III, 8 :

Mais je hais vos messieurs de leurs honteux délais.

Boileau, le Lutrin :

Evrard a beau gémir du repos déserté.

La Bruyère, du Mérite personnel, n" 38 :

« Je connais Mopse d'une visite qu'il m'a rendue sans me connaître. »

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