‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 14 sur 146 · Fausse dévotion. {Xote de La Bruyère · texte numérisé non relu

Fausse dévotion. {Xote de La Bruyère

2, Fausse dévotion. {Xole de La Bruyère.)

apôtres, ignoroient ces termes, simples gens qui n'avoieni que la foi et les œuvres, et qui se rédulsoient à croire et à bien vivrez

[•27] C'est une chose délicate à un prince religieux de réformer la cour et de la rendre pieuse ^ : instruit jusques où le courtisan veut lui plaire, et aux dépens de quoi il feroit sa fortune, il -le ménage avec prudence, il tolère, il dissimule, de peur de le jeter dans l'hypocrisie ou le sacrilège; il- attend plus de Dieu et du temps que de son zèle et de son industrie.

[28] C'est une pratique ancienne dans les cours de donner des pensions et de distribuer des grâces à un musicien, à un maître de danse, à un farceur, à un joueur de flûte, à un llatteur, à un complaisant : ils ont un mérite fixe et des talents sûrs et connus qui amusent les grands et qui les délassent de leur grandeur; on sait que Favler est beau danseur, et que Lorenzani fait de beaux motets ^ Qui sait au contraire si l'homme dévota de la vertu? Il n'y a rien pour lui sur la cassette ni à l'épargne-, et avec raison : c'est un métier aisé à contrefaire, qui, s'il étoit récompensé, exposeroit le Prince à mettre en honneur la dissimulation et la fourberie, et payer pension à l'hypocrite '.

^ Éditioa 4<=.

^ « Et la rendre pieuse. » (Édit. 1'''^.)

<= Édition S*^.

1. Favier, danseur de l'Opéra, était maître de danse du duc de Bourbon, rélève de La Bruyère. Les motets de Paolo Lorenzani, maître de musique d'Anne d'Autriche, ont été imprimés en 1093.

2. C'est-à-dire : il n'a aucune pension sur la cassette du roi, ni aucune rente sur le trésor public.

[29] L'on espère que la dôvotion de la cour ne laissera pas d'inspirer la résidence '^

[30] Je ne doute point que la vraie dévotion ne soit la source du repos; elle fait supporter la vie et rend la mort douce : on n'en tire pas tant de l'hypocrisie ''.

[31] Chaque heure en soi comme à notre égard est unique ; est-elle écoulée une fois, elle a péri entièrement, les millions de siècles ne la ramèneront pas. Les jours, les mois, les années s'enfoncent et se perdent sans retour dans l'abîme des temps; le temps même sera détruit- : ce n'est qu'un point dans les espaces immenses de l'éternité, et il sera effacé. 11 y a de légères et frivoles circonstances du temps qui ne sont point stables, qui passent, et que j'appelle des modes, la grandeur, la faveur, les richesses, la puissance, l'autorité, l'indépendance, le plaisir, les joies, la superlluité. Que deviendront ces modes quand le temps même aura disparu? La vertu seule, si peu à la mode, va au delà des temps''.

^ « L'on croit que la dévotion de la cour inspirera enfin la résidence. » (Édit. l"-7«.) ^ Édition 4*.

= Édition 5".

\ . Boileau, Êpitre I, v. 89 :

Mais à l'ambition d'opposer la prudence, C'est aux prélats de cour prêcher la résidence.

2. Apocalypse (cliap. x, verset G) : Tempits non erit amplius , « il n'y aura plus de temps. »

[Ij 11 y a des gens qui n'ont pas le moyen d'être nobles ^

11 y en a de tels que, s'ils eussent obtenu six mois de délai de leurs créanciers, ils étaient nobles -,

Quelques autres se couchent roturiers, et se lèvent nobles ^

Combien de nobles dont le père et les aînés sont roturiers !

[2] Tel abandonne son père, qui est connu et dont l'on cite le greffe ou la boutique, pour se retrancher sur son aïeul qui, mort depuis longtemps, est inconnu et hors de prise ; il montre ensuite un gros revenu, une grande charge, de belles alliances, et pour être noble, il ne lui manque que des titres ^

^ Édition i".

1. Secrétaires du roi. {Note de La Bruyère.) « Cotte note était dans les quatre premières éditions et a été supprimée dans les suivantes. Cescliarges de secrétaires du roi s'aclietaient et donnaient la noblesse, et on les nommait des savonnettes à vilain. » (Walckenaer, Remarques et éclaircissements.) Peut-être La Bruyère a-t-il supprimé cette note parce que cette charge n'était pas la seule qui conférât la noblesse.

2. Vétérans. {Note de La Bruyère.) On appelait vétérans les conseillers qui, après avoir exercé vingt ans, s'étaient défaits de leurs charges, tout eu conservant les privilèges qui y étaient attachés.

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