‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 3 sur 146 · Attamen interca fugit irreparabile tempus · texte numérisé non relu

Attamen interca fugit irreparabile tempus

(Virgile.)

2. Ce trait prous-e que Diphile n'est pas le chanoine Santeul (voyez Théodas). Mais est-ce davantage, comme le veut M. Éd. Fournier, le domestique qui prenait le titre de u gouverneur des serins de S. A. madame la Princesse de Bourbon? » {Comédie de La Bruyère, p. 209.)

et que ce petit peuple, qu'il n'aime que parce ([u"il chante, ne cesse de chanter. 11 retrouve ses oiseaux dans son sommeil : lui-même il est oiseau, il est huppé, il gazouille, il perche ; il rêve la nuit qu'il mue ou qu'il couve.

Qui pourroit épuiser tous les dilTérents genres de curieux ? Devineriez-vous, à entendre parler celui-ci de son lîopard, de sa plinne, de sa musique^ , les vanter comme ce qu'il y a sur la terre de plus singulier et de plus merveilleux, qu'il veut vendre ses coquilles? Pourquoi non, s'il les achète au poids de l'or ?

Cet autre aime les insectes ; il en fait tous les jours de nouvelles emplettes : c'est surtout le premier honnne de l'Europe pour les papillons-; il en a de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Quel temps prenez-vous pour lui rendre visite? il est plongé dans une amère douleur ; il a l'humeur noire, chagrine, et dont toute la famille souflre: aussi a-t-il fait une perte irrépara])le. Approchez, regardez ce cju'il vous montre sur son doigt, qui n'a plus de vie et qui vient d'expirer : c'est une chenille, et quelle chenille" !

[3] Le duel est le triomphe delà mode, et l'endroit où elle a exercé sa tyrannie avec plus d'éclat. Cet usage n'a pas laissé au poltron la liberté de vivre; il l'a mené se faire tuer par un plus brave que soi, et l'a confondu avec

■' Les quatorze aliénas compris sous le n" 2 sont de la C-" édition.

1. Noms de coquillages. [Note de La Bruyère.) Selon M. Walckenaer, il serait fuit allusion à Lister, dont la Synopsis conchyUoru)ii est encore estimée.

2. On voit dans les Lettres nouvelles de Boursault (1700, t. II, p. 23) que « pendant un an ou deux on fut à la cour, et à Paris même, dans un engouement pour les papillons qui étoit une espèce de manie. »

un homme de cœur; il a attaché de l'honneur et de la gloire à une action folle et extravagante ; il a été approuvé par la présence des rois; il y a eu quelquefois une espèce de religion à le pratiquer ; il a décidé de l'innocence des hommes', des accusations fausses ou véritables sur des crimes capitaux ; il s'étoit enfin si profondément enraciné dans l'opinion des peuples, et s'étoit si fort saisi de leur cœur et de leur esprit, qu'un des plus beaux endroits de la vie d'un très-grand roi a été de les guérir de cette folie-.

[à] Tel a été à la mode, ou pour le commandement des armées et la négociation^, ou pour l'éloquence de la chaire, ou pour les vers, qui n'y est plus. Y a-t-il des hommes qui dégénèrent de ce qu'ils furent autrefois? Est-ce leur mérite qui est usé % ou le goût que l'on avoit pour eux?

[5' Un homme à la mode dure peu, car les modes passent : s'il est par hasard homme de mérite, il n'est

" « Qui se soit usé. » (Édit. l"""^.)

1. Allusion au duel judiciaire, usage qui remoute aux premiers temps de l'invasion des barbares, et dont un des derniers exemples est le duel qui eut lieu en 15 i7 entre Jarnac et La Chateigneraye, en présence de Henri II et de sa cour. Voyez Chéruel, Dictionn. historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, au mot Duel.

2. Allusion aux ordonnances do Louis XIV contre le duel. « L'abolition des duels fut un des plus grands services rendus à la patrie. Ces combats avaient été autorisés autrefois par les rois, par les parlements même et par l'Église ; et quoiqu'ils fussent défendus depuis Henri IV, cette funeste coutume subsistait plus que jamais. Le fameux combat de La Férette, de quatre contre quatre, eu 1063, fut ce qui détermina Louis XIV à ne plus pardonner. Son heureuse sévéï'ité corrigea peu à peu notre nation, et même les nations voisines, qui se conformèrent à nos sages coutumes, après avoir pris nos mauvaises. 11 y a dans l'Europe cent fois moins de duels aujourd'hui que du temps de Louis XIII. » (Voltaire, Siècle de Louis XIV, ch. xxix.)

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