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modèle à Térence, qu'on a de nos jours si heureusement imité, ne peuvent s'empêcher de reconnoître dans ce petit ouvrage la première source de tout le comique' : je dis de celui qui est épuré des pointes, des obscénités, des équivoques, qui est pris dans la nature, qui fait rire les sages et les vertueux.
Mais peut-être que pour relever le mérite de ce traité des Cnractcres et en inspirer la lecture, il ne sera pas inutile de dire quelque chose de celui de leur auteur. Il étoit d'Érèse, ville de Lesbos, lils d'un foulon ; il eut pour premier maître dans son pays un certain Leucippe-, qui étoit de la même ville que lui"; de là il passa à l'école de Pla-
» <t Do même viUe que lai. » Kdit. V^-i^.)
il fut disciple de Théophraste et ami d'Épicure. Des cent comédies qu'il avait composées, il ne reste que des fi'agments et des imitations par les comiques latins, Plante et Térence. On doit à M. Ch. Benoit un Essai historique et littéraire sur la comédie de Ménandre (1854); et à M. Guill-Guizot une Étude sur Ménandre, la comédie et la société grecque (1855). « M. Victor Leclerc, dans sa Cfiresloniathie grecque (p. 14}), a conjecturé, non sans quelque vraisemblance, que ces ingénieuses pages faisaient jadis partie de la Poétique de Théophraste, et quelles étaient, pour ainsi dire, autant d'esquisses à l'usage des poètes comiques, comme les caractères des quatre âges de la vie qu'Aristote insère, dans le 2* livre de la Rhétorique, étaient destinés à guider les orateurs dans les descriptions du même genre. -> (Kgger, Histoire de la critique chez les Grecs, p. 231.)
1. Térence, célèbre comique latin, est né à Carthage vers 104, et mort vers 159 avant J.-C. Ménandre était son modèle. Sur les six comédies qui nous restent de lui, quatre sont imitées du comique atbénien : l'Andrienne, l'Eunuque, l'Hautontimorumenos, les Adelphes. — Les heureuses imitations de Térence auxquelles fait allusion La Bruyère sont les comédies de Molière, où l'on trouve plutôt des souvenirs et des inspirations de 'Jérence que des empreintes suivies : l'intrigue du Phormion, par exemple, a fourni le fond des Fourberies de Scapin, et c'est dans les Adelphes que Molière a pris la donnée de l'École des Maris. Depuis, Baron a imité de plus près l'Andrienne (en 1703), et c'est à l'Eunuque qu'est emprunté le Muet, de Brueys et Palaprat (1691).
2. Un autre que Leucippe, philosophe célèbre et disciple de Zenon. (A'oie de La Bruyère.)
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Loii, et s'arrêta ensuite à celle (rAiistuto, où il se distingua entre tous ses disciples. Ce nouveau maître, cliacnié de la facilité d(; son esprit et du la douceur de son élocution, lui changea son nom, ipii étoit Tyrtame, en celui d'Euphraste, (pii signifie celui qui parle bien; et ce nom ne répondant point assez à la haute estime qu'il avoit de la beauté de son génie et de ses expressions, il l'appela TIk'ophraste, c'est-à-dire un homme dont le langage est divin. Et il semble que Cicéron ait entré dans les sentiments de ce philosophe, lorsque dans le livre qu'il intitule Briitus, ou des Oriilcurs iUnstre.s. il parle ainsi : (c Qui est plus fécond et plus abondant que Platon? plus solide et plus ferme qu'Aristote? plus agréable et plus doux^que Théophraste*? » Et dans quelques-unes de ses Epitres à Atticus, on voit que, [jarlant du même Théophraste, il Tap^jelle son ami-, que la lecture de ses livres lui étoit familière, et qu'il en faisoit ses délices ^
Aristote disoit de lui et de Callisthène', un autre de ses disciples, ce que Platon avoit dit la première fois d' Aristote même et de Xénocrate : que Callisthène étoit lent à concevoir et avoit l'esprit tardif, et que Théophraste au contraire l'avoit si vif, si perçant, si pénétrant, qu'il comprenoit d'abord d'une chose tout ce qui en pouvoit être
" Toutes les éditiuns de La Bruyère doonécs au \vii'= siècle portent le nom de Callisthène écrit Calisiéne. Do môme plu> loin : Eurimédun (pour Eunjmédon), Calcis (pour Clialcis), etc.
1. » Quis uberior in dicendo Platone? Quis Aristotele nervosior, Tlieophrasto dulcior? » {Brulus seu de Claris oratoribus , cap. xxxi.)
•2. « Cum Theophrasto, amico meo. » {Epistolœ al Atlicuin, II, 116.) 3. Epistolœ ad Atticum,U,^; II, 9. — « VideturM. TuUius ïlieophrasti scriptis unice capi delectarique soliius, et, ut auctor est Plutarchus in Cicérone, cap xx.xu [xxivj,delicias suas euni appullitare. » (Cusaubon, Proleijoinena ad Theophrasti Ckaracteres.)
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foiinii : qiie l'un avoit besoin d'éperon pour être excité, et qu'il lalloil à l'antre un frein })Our le retenir,
11 estimait en celui-ci sur toutes clioses un caractère de douceur qui régnoit également dans ses mœurs et dans son stvle. L'on raconte que les disciples dWristote, voyant leur maître avancé en âge et d'une santé fort afloiblie, le prièrent de leur nonnner son successeur ; que, comme il avoit deux hommes dans son école sur qui seuls ce choix pouvoit tomber, Ménédème^ le Rhodien et Théophraste d'Érèse. par un esprit de ménagement pour celui qu'il vouloit exclure, il se déclara de cette manière : il feignit, peu de temps après que ces disciples lui eurent fait cette prière et en leur présence, que le vin dont il faisoit un usage ordinaire lui étoit nuisible ; il se lit apporter des vins de Rhodes et de Le-bos; il goûta de tous les deux, dit qu'ils ne démentoient point leur terroir, et que chacun dans son genre étoit excellent; que le premier avoit de la force, mais que celui de Lesbos avoit plus de douceur et qu'il lui donnoit la préférence. Quoi qu'il en soit de ce fait, qu'on lit dans Aulu-Gelle-, il est certain que lorsqu'Aristote, accusé par Eurymédon, prêtre de Gérés, d'avoir mal parlé des dieux, craignant le destin de Socrate, voulut sortir d'Athènes et se retirer à Chalciès, ville d'Eubée, il abandonna son école au Lesbienjui confia ses écrits à condition de les' tenir secrets ; et c'est par Théophraste que sont venus jusques à nous les ouvrages de ce grrand homme.
1. Il y eu a eu deux autres du même nom (;>•" édition : de même nom) : Vvm philosophe cynique, l'autre disciple de Platon. {Note de La Bruyère.)
2. Noctes atticœ, XIII, 5. Les critiques s'accordent à remplacer, dans l'anecdote citée par Aulu-Gelle, le nom de Ménédème par celui d'Eudème, autre Uhodien également disciple d'Aristote.
DISCOURS SUR TIII'OPHRASTE. lOo
Son nom devint si C(''lol)re par tonte la(ii'èce c\u(\ successeur d'Aristole, il put compter bientôt dans l'i-colc; qu'il lui avoit laissée^ jusques à deux mille disciples. Il excita l'envie de Sophocle- fils d'Amphiclide, (;t qui pour lors étoit préteur'' : celui-ci, en elTet son ennemi, mais sous prétexte d'une exacte police et d'empêcher les assemblées, fit une loi qui défendoit, sur peine de la vie, à aucun philosophe, d'enseigner dans les écoles. Ils obéirent; mais l'année suivante, Philon ayant succédé à Sophocle, qui étoit sorti de charge, le peuple d'Athènes abrogea cette loi odieuse que ce dernier avoit faite, le condamna à une amende de cinq talents, rétablit Théophraste et le reste des philosophes.
Plus heureux qu'Aristote, qui avoit été contraint de céder à Eurymédon, il fut sur le point de voir un certain Agnonide puni comme impie par les Athéniens, seulement cà cause qu'il avoit. osé l'accuser d'impiété : tant étoit grande l'aiTection que ce peuple avoit pour lui, et qu'il niéritoit par sa vertu!
En elïet on lui rend ce témoignage qu'il avoit une singulière prudence, qu'il étoit zélé pour le bien public, laborieux, officieux, affable, bienfaisant. Ainsi, au rapport de Plutarque S lorsque Érèse fut accablée de tyrans qui avoient usurpé la domination de leur pays, il se joignit cà Phi-