Uiogène Laërce (V
DISCOURS Sni TFIÉOlMir. asti:. 167
arriver que la gloire sera votre l'écompense. Souveiiez-vous seulement qu'il y a dans la vie beaucoup de choses inutiles, et qu'il y en a peu qui ni-nent à une fin solide. Ce n'est point à moi k délibérer sur le pirti que je dois prendre, il n'est plus temps : pour vous, qui avez à me survivre, vous ne sauriez peser trop mûrement ce que vous devez faire. » Et ce furent là ses dernières paroles.
Cicéron, dans le troisième livre des Tuscnlanes^, dit que Théopbraste mourant se plaignit de la nature, de ce qu'elle avoit accordé aux cerfs et aux corneilles une vie si longue et qui est leur si inutile, lorsqu'elle n'avoit donné aux hommes qu'une vie très-courte, bien qu'il leur importe si fort ûi^ vivre longtemps; que si làge des hommes eût pu s'étendre à un plus grand nombre d'années, il seroit arrivé que leui" vie auroit été cultivée par une doctrine universelle, et qu'il n'y auroit eu dans le monde ni art ni science qui n'eût atteint sa perfection. Et saint Jérôme, dans l'endroit déjà cité-, assure que Théopbraste, à l'âge décent sept ans, frappé de la maladie dont il mourut, regretta de sortir de la vie dans un temps où il ne faisoit que commencer à être sage.
11 avoit coutume de dire qu'il ne faut pas aimer ses amis pour les éprouver, mais les éprouver pour les aimer ; que les amis doivent être communs entre les frères, comme tout est commun entre les amis; que l'on devoit })lutôt se fier à un cheval sans frein qu'à celui <\in parle sans jugement; que la plus forte dépense que l'on puisse faire est celle du temps. 11 dit un jour à un homme qui se taisoit à table dans un festin : « Si tu es un habile homme, tu as
1. Chap. XXXI. Selon Sénèque {De Urevitate viiœ, 1), cette parole serait d'Aristote.
'i. Lettre à Xépotien.