DISCOURS SUR T II KOPIIR A STE
tort de ne pas parler; mais s'il n'est pas ainsi, tu en sais beaucoup. » Voilà quelques-unes de ses maximes.
Mais si nous parlons de ses ouvrages, ils sont infinis, et nous n'apprenons pas que nul ancien ait plus écrit que Théophrasle. Diogène Laërce fait rt'numc'ration de plus de deux cents traités diiïérents, et sur toutes sortes de sujets qu'il a composés. La plus grande partie s'est perdue par le malheur des temps, et l'autre se réduit à vingt traités, qui sont recueillis dans le volume de ses a-uvres ^ L'on y voit neuf livres de l'histoire des plantes, six livres de leurs causes. 11 a écrit des vents, du feu, des pierres, du miel, des signes du beau temps, des signes de la pluie, des signes de la tempête, des odeurs, de la sueur, du vertige, de la lassitude, du relâchement des nerfs, de la défaillance, des poissons qui vivent hors de l'eau, des animaux qui changent de couleur, des animaux qui naissent subitement, des animaux sujets à l'envie, des caractères des mœurs. Voilà ce qui nous reste de ses écrits, entre lesquels ce dernier seul, dont on donne la traduction, peut répondre non-seulement de la beauté de ceux que l'on vient de déduire, mais encore du mérite d'un nombre infini d'autres qui ne sont point ^ ciius jusqucs à nous.
Que si quelques-uns se refroidissoient pour cet ouvrage moral par les choses qu'ils y voient, qui sont du temps auquel il a été écrit, et qui ne sont point selon leurs mœurs, que peuvent-ils faire de plus utile et de plus agréable pour eux que de se défaire de cette prévention pour leurs coutumes et leurs manières, qui, sans autre
1. ]1 ne reste que des fragir.ents de ces vingt traités, excepte des deux premiers : Histoire des plantes, Des causes des plantes. M. Dareste a réuni d'intéressants fragments de ce philosophe, sous ce titre : Le traité des Lois de Théophrasle ;1870}.
DISCOURS SUR TIlKOl'MIiASTH .
discussion, iion-setilcincnt les leur fai( trouver les meilleures de toutes, mais leur fait presque décider que tout ce qui n'y est pas conforme est méprisable, et, ([ui l»^s prive ■', dans la lecture des livres des anciens, du])laisir et de riustructiou qu'ils en doivent attendre?
INous, qui sommes si modernes, serons anciens dans quelques siècles. Alors Thistoire du nôtre fera goûter à la postérité la vénalité des charges, c'est-à-dire le pouvoir de protéger l'innocence, de punir le crime et de faire justiceà tout le monde, acheté à deniers conii)!;inis comme une métairie; la splendeur des partisans, gens si méprisés chez les Ih'breux et chez les Grecs. L'on entendra parler d'une capitale d'un grand royaume où il n'y avoit ni places publiques, ni bains, ni fontaines, ni aiuphilli(''àtres, ni galeries, ni portiques, ni promenoirs, qui éioit, pourtant une ville merveilleuse. L'on dira que tout le cours de la vie s'y passoit presque à sortir de sa maison pour aller se renferuier dans celle d'un autre ''; que d'honnêtes femmes, qui n'étoient ni marchandes ni hôtelières, avoient leurs maisons ouvertes k ceux qui payoient pour y entrer; que l'on avoit à choisir des dés % des cartes et de tous les jeux ; que l'on mangeoit dans ces maisons, et qu'elles étoient commodes à tout connnerce ^ L'on saura que le peuple ne
" (( Et les prive. » (Édit. 1".)
I' .( Dans celle d'une autre. » (Édit. l"^".)
'- » Du de. » (Édit. 1«.)