‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 84 sur 146 · XY]. DE LA BRUTALITÉ · texte numérisé non relu

XY]. DE LA BRUTALITÉ

La brutalité est une certaine dureté, et j'ose dire une férocité qui se rencontre dans nos manières d'agir, et qui passe même jusqu'cà nos paroles. Si vous demandez à un

= Le mot grec signifie plutôt de l'arrogance.

1. Les témoins étoiont fort en usage chez les Grecs dans les paiements et dans tous les actes. {Note de la Bruyère.)

2. Pour être enterrés hors de la ville, suivant la loi de Solon. {Note de La Bruyère.) — Les éditions modernes ont ici corrigé le texte, et mis la Porte sépulcrale au lieu de la Porte sacrée, qui n'était pas celle par où l'on se rendait au Céramique, c'est-à-dire au cimetière d'Athènes.

homme brutal : « Qu'est devenu un tel? » il vous répond durement : « Ne me rompez point la tète. » Si vous le saluez, il ne vous fait pas llionncur de vous rendre le salut. Si quelquefois il met en vente une chose qui lui appartient, il esl inutile de lui m denunider le prix, il ne vous èeoute jyas-, mais il dit fièrement à celui qui la marchande : « Qu'y trouvez-vous à dire '? » Il se moque de là piété de ceux qui envoient leurs oflVandes dans les temples aux jours d'une grande célébrité : « Si leurs prières, dit-il, vont jusques aux dieux, et s'ils en obtiennent les biens qu'ils souhaitent, Von peut dire eju'ils les ont bien payés, et que ee n'est pas un présent du riel '-. » 11 est inexorable à celui qui sans dessein l'aura poussé légèrement, ou lui aura marché sur le pied : c'est une faute qu'il ne pardonne pas. La première chose qu'il dit à un ami qui lui emprunte quelque argent, c'est qu'il ne lui en prêtera point : il va le trouver ensuite, et le lui donne de mauvaise grâce, ajoutant qu'il le compte perdu. Il ne lui arrive jamais de se heurter à une pierre qu'il rencontre en son chemin, sans lui donner de grandes malédictions. Il ne daigne pas attendre personne ; et si l'on diffère un moment et se rendre au lieu dont l'on est convenu avec lui, il se retire. Il se distingue toujours par une grande singularité : il ne veut ni chanter à son tour, ni réciter dans un repas, ni même danser avec les autres. En un mot, on ne le voit guère dans les temples importuner les dieuv, et leur faire des vœux ou des sacrifices.

1. Le vrai sens est celui-ci : « Il deaiaudc combien vous en olTrcz. » (Sticvenart.)

2. Passage fort controversé, dont le sens le plus vraisemblable est celui-ci : « Faites-lui l'honneur de lui envoyer un mets à quelque fête : <t Moi, dira-t-il, je tàterais de tes cadeaux! » (Stiévenart.)

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[XVI]. DE LA SI PliUSTlTIOX.

La sii[)ei'.stitlon semble n'être autre chose qu'une crainte mal ré.i;lée de la Divinité. Un iiomme superstitieux, aprrs avoir lavé ses mains * et s'être purifié avec do l'eau lustrale-, sort dutcinplc et se promène une grande partie du jour avec une feuille de laurier dans sa bouche. S'il voit une belette ^ il s'arrête tout court, et il ne continue pas de marcher que fjuelqu'un n'ait passé avant lui par le même endroit que cet animal a traversé, ou qu'il n'ait jeté lui-même trois petites pierres dans le chemin, coniDic pour éloigner de lui ce mauvais présage. En quelque endroit de sa maison qu'il ait aperçu un serpent, il ne diffère pas d'y élever un autel* ; et dès qu'il remarque dans les carrefours de ces i)ierres que la dévotion du peuple y a consacrées % il s'en approche, verse dessus toute l'huile de sa fiole, plie les genoux devant elles, et les adore. Si un rat lui a rongé un sac de farine, il court au devin, qui ne manque pas de lui enjoindre d'y faire mettre une pièce ^; mais, bien loin d'être satisfait de sa réponse, cjfraijé d'une aventure si extraordinaire, il n'ose plus se

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