‹ Œuvres complètesChapitre 4 sur 55 · DU SOUVERAIN OU DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

DU SOUVERAIN OU DE LA RÉPUBLIQUE

1. Quand l'on parcourt, sans la prévention de son pays, toutes les formes de gouvernement, l'on ne sait à laquelle se tenir; il y a dans toutes le moins bon et le moins mauvais. Ce fju il y a de plus raisonnable et de plus sûr, c'est d'estimer celle où l'on est né la meilleure de toutes, et de s y soumettre.

2. Il ne faut ni art ni science pour exercer la tyrannie; et la politique qui ne consiste qu'à répandre le sang est fort bornée et de nul raffinement; elle inspire de tuer ceux dont la vie est un obstacle à notre ambition : un homme né cruel fait cela sans peine. C'est la manière la plus horrible et la plus grossière de se maintenir ou de s'agrandir.

3. C'est une politique sûre et ancienne dans les républiques que d'y laisser le peuple s'endormir dans les fêtes, dans les spectacles, dans le luxe, dans le faste, dans les plaisirs, dans la vanité et la mollesse; le laisser se remplir du vide, et savourer la bagatelle : quelles grandes démarches ne fait-on pas au despotique par cette indulgence!

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4. Il n'y a point de patrie dans le despotique; d'autres choses y suppléent, l'intérêt, la gloire, le service du prince.

5. Quand on veut changer et innover dans une republique, c'est moins les choses que le temps que l'on considère. Il y a des conjonctures où l'on sent bien qu'on ne sauroit trop attenter contre le peuple; et il y en a d'autres où il est clair qu'on ne peut trop le ménager. Vous pouvez aujourd'hui ôter à cette ville ses franchises, ses droits, ses privilèges; mais demain ne songez pas même à réformer ses enseignes i.

6. Quand le peuple est en mouvement, on ne comprend pas par où le calme peut y rentrer; et, quand il est paisible, on ne voit pas par où le calme peut en sortir.

7. Il y a de certains maux dans la république qui y sont soufferts, parce qu'ils préviennent ou emjîêchent de plus grands maux. Il y a d'autres maux qui sont tels seulement par leur établissement, et qui, étant dans leur origine un abus ou un mauvais usage, sont moins pernicieux dans leurs suites et dans la pratique qu'une loi plus juste, ou une

' AUusion à l'ariitation du corps des marchands de Paris , en 1669, causée par une ordonnance du lieutenant de police de La Reynie , qui ré(jlcmentait la saillie et la dimension des enseignes.

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