ACTE II, SCÈNE I. 2g
La Sicile est en paix ; mais ses ports sont ouverts
A ces brigands d'Afrique , à ces tyrans des mers ,
Qui possèdent Ancyre , et Palerme, et Ségeste,
Et qui , sans moi , de l'ile , envahissaient le reste.
Amis, c'est trop long-temps nous en voir menacés.
Je ne veux point mourir sans les avoir chassés ;
Et de tous nos voisins embrassant la défense ,
Je les mets sous ma garde à l'abri de l'offense.
Une fois réunis.... vous voyez sur ces bords.
Des flots impétueux expirer les efforts;
C'est ainsi que l'Etna verra sur ce rivage
Se briser désormais les forces de Carthage.
Et par qui , dans nos champs , ne sont pas détestés
Ces cruels oppresseurs qui les ont dévastés?
Quels peuples n'ont pas vu leurs murs livrés aux flammes ,
Leurs enfants étouffés dans les bras de leurs femmes,
Leurs vieillards sous le fer baissant un front ridé ,
Leur lit souillé d'opprobre ou de sang inondé?
Amis , n'en doutez pas , voilà sous quelle image
Aux yeux de nos voisins se présente Carthage;
Et le chef qui du joug .saura les affranchir,
Les verra sous ses lois trop heureux de fléchir.
Syracuse dès-lors, à l'abri des tempêtes,
Pourra jouir en paix du fruit de ses conquêtes;
Et ses heureux états n'auront de toutes parts
Que ces bords pour limite et les mers pour remparts
Vous voyez , mes amis , où tend mon entreprise :
La gloire, l'intérêt, l'équité l'autorise.
Préparez-y ce peuple; et sur-tout dites-lui
Que c'est à son repos cjue je veille aujourd'hui.
C'est en lui dévouant le reste de ma vie,
Que je veux le punir de lavoir poursuivie.
C'est ainsi que Denys aspire à se venger.
Vous m'avez vu souvent au milieu du danger;
Vous m'y verrez le même, et tout ce que j'ordonne,
3o DENIS -LK-T^ i\A?^.
C'est rpion ose imiltr l'exemple (jnc je «lonnr
Vous annoncez la f^uerre à ces bords alarni('s , Seigneur; et pour 11. pire on dit (jue vous armez 1)1. N V s.
L'Epire est engagée à prendre ma défense.
Je demande raison d'un délai (pii m'offense;
Et pour extenniner nos communs ennemis ,
Je réclame un secours depuis long-temps promis.
l.cs armes , les vaisseaux , les trésors de l'Epirfe.
Hélas! à peine encor \otre peui)le respire. Il espérait qu'enfin....
ItEN Y s.
Qu'osait-il espérer ?
Un repos qu'aux mortels rien ne peut assurer? Et quel peuple en jouit .^ Home, dès sa naissance, A-t-elle sans fatigue étendu sa puissance? Et depuis trois cents ans ce peuple de héros A-t-il pu respirer dans le sein du repos? La Grèce a-t-elle été jjIus calme et plus oisive? Dès long-temj)S, sous le Perse, elle eut gémi captive; Si dans les voluptés son courage amolli, Avait mis sa défense et sa gloire en oubli. De la corriq>tion ses troubles l'ont sauvée; Sur ses propres débris elle s'est élevée; Et ses peuples rivaux, l'un par l'autre aguerris , Sont autant de lions que son sang a nourris. Et nous, dont ce fléau menace les rivages, Nous, chez qui Rome un jour peut porter ses ravages Nous, que vingt fois (larthage a tenté d'asservir, Dans un lâche repos nous parlons de languir! Au milieu des vautours, faible et timide proie, La Sicile attendra (|ue leur vol se déploie! Et quel temps plus heureux pour fixer nos destins?