D É M O PH 0 N
Moi ! changer tout un peuple ! et dans si peu d'instants ! L'opinion, madame, est l'ouvrage du temps; Et dans tous les esprits dès qu'elle est affermie , Malheur aux souverains qui l'ont pour ennemie !
DÉ J AN IRE
Eh bien ! suis-moi , ma fille ; et sous le coup mortel Allons tomber ensemble , au pied du même autel. Tout ce que je demande en perdant la lumière, C'est la triste douceur de mourir la première. Que sais-je , hélas ! peut-être au sortir de mon flanc Le couteau sacrilège, encor teint de mon sang, .Jettera dans ce peuple inie horreur salutaire; Peut-être une pitié soudaine, involontaire, Arrêtant par un cri ce massacre inhumain, Du prêtre épouvanté fera tomber la main.
Et pourquoi , si ce peuple est juste et magnanime , Ne frémirait-il pas au nom de la victime? Est-ce, au gré de ses dieux, mon sang qui doit couler? Qu'on l'assemble; à ses yeux je vais tout révéler. Madame, et tout va prendre une face nouvelle. V^enez, seigneur; venez.
DÉ J AN I R E
Tu vas mourir, cruelle!
Je te connais. Arrête , et ne me quitte pas. Mes pas seront sans cesse attachés à tes pas. .le te suivrai par-tout.
OLYM PIE.
Mère désespérée !
Snivez-moi donc; venez, de contrée en conirée.
:/,« LES nÉRACLll)L5».
^'oir pnror vos fnfants poinsiiivis , rebutés, A.ccahU's (le iiu'pris à vous seule impiitf's. Et livres à l'opprobre, ou traînés au sup'plice. Ah! des criiurs «lu sort ne soyez point complice. Pensez au sang «les dieux qui me doit animer, l'ensez à ces enfants que l'on veut opprimer. Insensible pour eux, de moi seule idolâtre, "N'êtes-vous que ma mère? Ktcs-vous leur marâtre? Ne sont-ils plus le sang du vainqueur des enfers , La terreur des tyrans, l'espoir de l'univers? Voulez-vous les trahir pour une infortunée Qu'à languir dans l'oidjli son sexe a condamnée. Pour moi , qui ne puis rien de grand , de généreux , Si vous m'otez l'honneur de m'immoler pour eux? Qu'ils vivent pour venger, pour protéger la terre; Qu'ils vivent pour monter au séjour du tonnerre. Et pour eux et pour vous c'est à moi de mourir. Voilà ma seide gloire , et je dois y courir. Adieu.
D F. J A N I R E , la serrant dar/s ses bras. Tu vas mourir, et tu veux que je vive, Malheureuse !