‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 20 sur 563 · DION, THÉODORE, PHILISTE, AMIDAS · texte numérisé non relu

DION, THÉODORE, PHILISTE, AMIDAS

DION

Nous voilà seuls. Amis, expliquez-vous sans feinte. Dion vous est connu; bannissez toute crainte. Aux conseils du tyran ces lieux sont destinés , D'un mur impénétrable ils sont environnés. Que devons-nous penser du projet qu'il médite?

PHILISTE

Quoi ! c'est là ce tyran dont le nom seid irrite .'

3i DKNTS-T r-TYR AN.

Ce fiiroiulie opprf«srm «loni l'orf^iifil iiuJonipte \'oulait tout voir fl('< liir (hvant sa voient*' ! Corabirn sa n'iiominéc on lui-même en impose!

T H KO u o R F..

C'est la douceur du tiyre au moment qu'il repose.

Moins crédule que vous, je sais m'en délier;

Et je l'ai trop connu pour le justifier.

Mais, Dion, que résoudre? et comment le distraire

D'un |»rojet tant de fois à nos vœux si contraire?

DION, à Philisle.

Denvs vous a séduit; et j'en suis peu surpris. Il sait, quand il lui plaît , captiver les esprits; Et du talent de feindre une profonde étude S'est en lui, dès long-temps, changée en habitude. C'est tout l'art d'un tvran. fureur, impiété, Chez lui tout est couvert dnn voile d équité. A la justice au moins il sait rendre l'hommage De n'oser la trahir sans j)arier son langage; Et ce voile gênant , dont il est revêtu , En déguisant le crime, honore la vertu. Mais à trom])er mes yeux vainement il s'applique : J'ai dans tous ses replis sondé sa politique. Il parle d'écarter je ne sais quel malheur, Tandis que de son ])euple il moissonne la fleur. Arrache les époux à leurs jeunes compagnes. Couvre d'un deuil affreux nos cités, nos campagnes , Laisse le soc oisif au milieu des guérets , Et dévaste les champs favoris de Cérès. Quelle guerre, pour nous, quel fléau plus funeste? Mais il veut de ce peuple anéantir le reste , Attirer dans le piège . envoyer au trépas , Tout ce qui l'importune, ou qui ne le sert pas, Etouffer la vertu jusque dans ses racines, Et de morts entouré , régner sur des ruines. Voilà sou plan. Denys ne croit point vous gagner;

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Ou, si nous succombons, fjirun j^loricux Ircjj.is Invite nos neveux à niarclicr sur nos pas.

O gcncrcux Dion 1 que ta vertu nie touche! La patrie et Tliouneur nous parlent par ta bouche! Je t'admire , et mon cœur s'enflamme à tes discours. De nos calamités rompons enfin le cours. Il est temps que des dieux la tardive justice Sur ce grand criminel enfin s'appesantisse. Leurs temples, leurs autels, par ses mains dépouillés, De rapine et de sang ses ministres souillés. Tant de biens envahis par ses vils satellites , Sur de vagues soupçons tant de têtes proscrite" , Tout demande sa mort. Mais toi , Dion , mais toi, Son fils aime ta fille; il a , dit-on , sa foi.

N'y pensons plus. Le prince, à son devoir fidèle, N'épousera jamais la fille d'un rebelle; Mais il en est plus digne et de vous et de moi. Un fils dénaturé serait un mauvais roi.

Il est né vertueux puisque ta fille l'aime.

Qu'il l'épouse ; et sa dot sera le diadème.

Le j)ère est un tvran ; il faut l'exterminer.

Le fils est un grand homme ; il faut le couronner.

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