ACTE II, SCÈNE III. 35t
ÉNÉE
larbe demande à vous voir ; Déjà son orgueil se modère.
Qui peut le ramener? et quel est son espoir?
ÉNÉE
Jusqu'au dernier moment un malheureux espère.
DIDON
■ Qui? Moi, le flatter! Moi, souffrir Qu'il espère qu'un jour à ses vœux je réponde !
Non , quand il aurait à m'offrir
Le trône et le sceptre du monde.
D'une guerre sanglante il nous a menace's ; Je l'attends. Vos dangers vont me remplir d'alarmes ;
Mais, ces cruels moments passés, Ah ! combien la victoire aura pour moi de charmes .' Quel bonheur ! ces bienfaits tant de fois retracés, Par un seul aujourd'hui seront tous efface's. Je n'aurai plus sur vous ce pénible avantage : De vos mains, à mon tour, je vais tout recevoir: Ma gloire , mon repos , le salut de Carthage ,
C'est moi qui vais tout vous devoir
AIR
Ah! que je fus bien inspirée, Quand je vous reçus dans ma cour!
O digne fils de Cythérée !
Combien je rends grâce à l'amour !
J'ai beau le voir, je crois à peine Ce que Vénus a fait pour moi.
Aux malheurs causés par Hélène , Il est donc vrai que je vous doi !
Ah! que je fus, etc.
352* DIDON
t N É K , h part.
Hélas!
DIDON
Votis soupirez! Quel funeste nuage!
KNÉi:.
Les dieux me sont témoins que l'absence, le temps, r>ien ne p<'ut île mon cœur effacer votre image ; <\\\v je brûle pour vous des feux les plus constants.
Je n'ai jamais doute d'une si belle flamme. Pourquoi m'en assurer? Ah! laissons les serments
Aux vulgaires amants.
Un regard, un soupir, c'est assez pour mon ame.
Un trouble , hélas ! plus dévorant , Me retrace aujourd'hui le malheur de Pergame. .ïe vous expose , Énée , au péril le plus grand : Je le vois, j'en frémis : l'aveugle sort des armes Peut condamner mes veux à d'éternelles larmes.
Je veux, si tel est mon malheur, D'un injuste reproche au moins sauver ma cendre ,
Et, sans rougir de ma douleur.
Dans la tombe, avec vous, avoir droit de descendre. J'assemble ici mon peuple, et je veux devant tous Consacrer vos bienfaits et ma reconnaissance; Je veux que mon vengeur, armé de ma puissance, Porte dans les combats le nom de mon époux.
Tandis que la pompe s'apprête , Annoncez aux Troyens la fin de leurs travaux;
Et revenez, dans cette fête,
Triompher de tous vos rivaux.
É N K E , a part.
Je devrais.... je ne puis.... Quels supplices nouveaux!