ACTE IV, SCENE II. A'.f
Il permet que je vous revoie :
Il n'a pu me le refuser.
Je n'ai qu'un moment; je l'emploie,
Mon père, à vous desabuser.
Cessez de gémir et de craindre :
Avec lui je suis moins à plaindre.
Oui, bien moins que vous ne croyez.
Il a pour moi , vous le voyez , Les soins les plus touchants , l'amitié la plus tendre. Il se prive de moi : c'est un pénible effort ! Et je sais tous les maux qu'il éprouve à m'attendre.
SANDER
Quoi!
ZÉMIRE
Si je différais , je causerais sa mort. Ne vous affligez plus, mon père , sur mon sort. Je suis heureuse. Adieu.
s A N D E R , vivement.
Ciel ! que viens-je d'entendre ?
Ma fille , tu veux me quitter !
ZÉMIRE
J'ai promis; il m'attend; et je dois m'acquitter.
SANDER
Cruelle enfant, tu veux abandonner ton père! Tu ne sais pas les maux que tu m'as fait souffrir.
ZÉMIRE
Pour vous sauver j'ai dû m'offrir; Mais au lieu d'un maître sévère ,"• Je trouve un ami généreux.
Non , il n'est pas méchant ; il n'est que malheureux.
SANDER
Tu le plains !
ZÉMIRE
Hélas! il nie semble Qu'il n'était pas né ce qu'il est.
Thédlre. IL 29
',5o ZÉMIRE ET AZOR.
Tenez, quand nous sommes ensemble, On dirait que c'est lui (|iii tremble; Qu'il est perdu s'il me df'plaît.
*• s A N DE R.
Doux et timide en apparence, Dans le piège il veut t'engager; Et tu n'en vois pas le danger.
ZÉM IRE.
Non, mon père; j'ai l'assurance Qu'il me chérit de bonne foi.
s AN DK R.
Ma fille , je sais mieux que toi Quelle est sa coupable espérance.
ZÉMIRE
Il veut vous combler de bienfaits.
SANflF. R.
Qu'il garde ses biens que je hais, Et qu'il n'attende rien de ma reconnaissance. . Mes biens à moi sont mes enfants.
Rien au prix de leur innocence.
ZÉMIRE
Vous l'outragez , mon père.
s ANDE R.
Et toi , tu le défends !
Quel sentiment pour lui dans ton ame s'élève ?
ZÉMIRE
La pitié.
s ANDK R.
Malheureuse ! achève.
Par ses enchantements il t'aura su toucher. Il t'intéresse !
ZÉMIRE
Eh oui ! mon père , il m'intéresse.
s AN DE R.
Il aura surpris ta tendresse.