ACTE II, SCENE IV
Vous m'ennoblissez à mes yeux.
Je ne sais pas si je vaux mieux j Mais je m'estime davantage.
Non , madame , non , pas assez :
Vous êtes encor trop modeste.
o RFIS E.
Vous croyez? •
Cï-I TON.
Vous êtes.... céleste.
ORF ISE.
Mais VOUS , peut-être aussi vous vous éblouissez,
CL I TON
Eh, non, madame, non, j'en appelle à vous-même.
o RF 1 SE.
Il faut que la louange ait un poison bien doux !
Tout le monde la craint, et tout le monde l'aime.
Je sens que je devrais me défier de vous :
Vous me flattez, monsieur; je me le dis sans cesse;
Et tel est votre empire, et telle est ma faiblesse,
Que je vous crois, vous seul, plus que moi, plus que tous.
Mais enfin , se peut-il que je sois accomplie ?
L'amitié dans un saj^çe est-elle une folie?
Se fait-elle un devoir de tirer le rideau
Sur tout ce qui dépare une image embellie?
Ou bien, comme l'amour, a-t-elle son bandeau?
c LIT ON.
Pourquoi non, madame? Peut-être Vvez-vous des défauts que je ne puis connaître, Que vous-même vous effacez , Qu'avec art vous embellissez.
ORF ISE.
Avec art! moi, Cliton ! ce repi'oche m'alarme. Je ne connais point d'art.
48o L'AMI DE LA MAISON.
C LI TO N
Ma foi, c'est donc un charme; Un charme inconcevable.
G RFISK.
Ah! vous me rassurez.
Et si le charme cesse, au moins vous l'avoùrez.
'^ui, madame. Croyez que jamais je ne flatte.
Par exemple, je vous dirai Que ce beau naturel , que j'ai tant admiré ,
Déi^énère un peu dans Agathe.
Elle a de l'enjoûment , de la vivacité , Même quelque lueur de sensibilité; Mais ce tact de l'esprit, cette raison sublime,
Ce feu divin qui vous anime , Pardon, je ne crois pas qu'elle en ait hérité.
Je sens que je suis trop sévère ; Je devrais un peu pkis ménager une mère; Mais je n'ai jamais su trahir la vérité.
ORFISE.
Un cœur que vous formez sera du moins honnête.
CL I TON
Oui, je vous réponds de son cœur; ,
Mais je commençais d'avoir peur Que le petit cousin ne lui tournât la tète.