SCÈNE VIIL
DENYS LE JEUNE, ARÉTIE
DENYS tE JEUNE,
O conseil qui m'outrage et qui me de'sespère ! On résout , à mes yeux , la perte de mon père ; Et voixs me méprisez au point de vous flatter Que j'en serai témoin sans oser éclater!
Non , je connais ton cœur : plus vertueux que tendre , Il se vaincra sans doute, et je m'y dois attendre. Viens , au fer du tyran , me voir tendre le sein ; A'^iens accuser mon père, et sois mon assassin. Je mourrai de tes coups, sans regret, sans murmure, Et tu dois immoler l'amour à la nature.
DE N Y s LE J EUNE.
Barbare ! insultez-moi. Sur ce cœur malheureux
Vous n'abusez que trop d'un pouvoir dangereux.
Cependant , si Dion poursuit son entreprise ,
A charger les mutins si le roi m'autorise ,
Et si dans le péril leur chef enveloppé
Vient tomber à vos pieds mortellement frappé ;
Qu'aurez-vous fait ? •
ARÉTIE.
Crois-tu qu'en ce moment terrible Je sois , de vos dangers , le témoin insensible ? Tu me verras , bravant et le fer et les feux , Pour suspendre vos coups voler entre vous deux , Animer nos amis à sauver la patrie ,
Et dans mes bras sanglants enchaîner ta furie, fe retiendrai ta main; et, pour la dégager. Dans ce cœur qui t'adore il faudra la plonger.