DENYS, DAMOCLÈS
V^ui le croirait? le peuple a le grand art de feindre I
DAMOCLÈS
Il est muet , tranquille.
DENYS
Il en est plus à craindre; Mais ce n'est pas de lui que vient la trahison. As-tu fait de mon fils investir la prison ?
DAMOCLÈS
Il est en sûreté. Mais vous , quelle indolence De votre fils rebelle enhardit le silence ? Pourquoi de ce complot n'en pas tirer l'aveu?
DENYS
Laissons-lui son secret : il m'intéresse peu. J'ai découvert, sans lui, l'artisan de l'intrigue. C'est Dion.
DAMOCLÈS
Contre vous le perfide se ligue !
Cependant il est libre.
DENYS
Attendons son retour.
DAMOCLÈS
Votre fils l'autorise et voit encor le jour !
(i-i deny.s-lp:-tyran.
Oui, tel est mon mallu'iir, f|u"il faut les laisser vivre. Il n'est pas temps encor (\\u- la iiiorl m'en délivre; Mais à ma sûreté dès qu'ils auront servi , Mon courroux choisira l'instant d'être assouvi. Tourner à nos desseins tout ce qui les traverse, C'est le talent des rois, c'est l'art où je m'exerce. S'il se sent poursuivi, Dion peut m'échapper. Dans ses propres filets je veux l'envelopper. L'art de dissinuilor est sans doute pénible ; Mais il m'est nécessaire en ce moment terrihie. N'opposons qu'Arétie à tous mes ennemis. Dion tremble pour elle; elle craint pour mon fils; Enchaînons l'un par l'autre et régnons par la crainte. De douleur et d'effroi mortellement atteinte , Arétie attendait l'instant de me parler; Je suis tranquille enfin , et l'on peut l'appeler. ( Damoclès dit un mut à V un des garda . ) Quand un roi soutient mal ce qu'il ose entreprendre, Ce n'est qu'à sa faiblesse, ami , qu'il faut s'en prendre. D'Arétie aujourd'hui tu me verras l'époux : Les rebelles tremblants seront à mes genoux ; Et demain , mes drapeaux déployés dans la j)laine , Occuperont ailleurs la discorde et la haine.
(// aperçoit de loin Arc'tie.) Vois-tu comme l'orgueil a fait place à l'effroi? Laisse-moi profiter du trouble où je la voi.