ACTE Y, SCENE II
Et n'offrirez-vous point à mes regards tremblants , D'un parricide affreux les vestiges sanglants? Ce détestable arrêt, dont fre'mit la nature, De vos fureurs, sans doute, a comblé la mesure. Votre fils ne vit plus.
Il vit. Mais aujourd'hui N'avez-vous à trembler, à frémir que pour lui? Vous pâlissez , madame ; et sur votre visage Je vois la vérité qui perce le nuage.
A RÉTIE.
Comme moi, devant vous, qui n'est pas frémissant? Vos soupçons, mille fois, ont perdu l'innocent. A tant d'infortunés ils tiennent lieu de crime, Que je crains à mon tour d'en être la victime.
DENTS
S'ils sont pernicieux , ils sont fondés du moins. Consultez vos frayeurs; elles en sont témoins. Vous n'aviez pas prévu que dans cette journée, Où je vous couronnais des mains de l'hyménée, Je pourrais en Dion reconnaître un ingrat ?
AR ET lE.
Mon père ! ô Ciel !
DEN YS
Il est l'auteur de l'attentat.
Puissant par mes bienfaits , il médite ma perte ; Mais je serai vengé : sa trame est découverte.
A RÉTIE.
Quoi! tandis que sa fille est encore en vos mains . Que ma tête est garant!...
Tous vos détours sont vains , Madame : il est coupable. Est-ce moi qu'on abuse ? Ses craintes, vos frayeurs , mon fils même l'accuse. Mon fils , qui peut choisir entre vous et la mort ,
Veut mourir ! Dion seul l'engage à cet effort ; Et celui qu'à l'amonr, qu'à la vie il préfère, Serait satrilié s'il n'était votre père.
Voilà donc les témoins ((ue vous nous opposez ! C'est sur de tels garants que vous vous reposez ! Eh bien ! n'écoutez plus qu'une aveugle furie. Immolez un héros , l'amour de sa patrie. Vous ne connaîtrez plus le trouble et la pitié Que faisait naître en vous l'importune amitié. Qu'il meure. Mais tremblez : cet arrêt détestable Va remplir tous les cœurs d'une rage indomptable.
Vous me bravez, madame , et crovez m'étonner. * Non , la crainte jamais ne m'a fait pardonner. De ce peuple insolent ses chefs vont me répondre ; Mais c'est vous que je veux étonner et confondre. Votre père et mon fils ont mérité la mort : Le premier est encore arbitre de son sort, Madame, et c'est par lui que doit être calmée Une rébellion par lui-même allumée.
L'autre attend , dans les fers , sa grâce ou son arrêt. Ils vivent. Leur pardon , ou leur supplice est prêt. Je remets en vos mains et leur mort et leur vie. Un mot les perd, madame, un mot les justifie.
Qu'allez-vous m'ordonner?
De me suivre à l'autel.
Un refus à tous deux porte le coup mortel.