SCÈNE III
C'est comme les fleurs d'un verger; Et tu sais que pour les détruire , Il ne faut qu'un souffle léger.
AIR
Ne crois pas qu'un bon ménage Soit comme un jour sans nuage :
Le meilleur, même au village, A ses peines , ses soucis.
Mais les grâces de ton âge Les ont bientôt éclaircis.
L'homme est fier, il est sauvage; Mais dans un doux esclavage, Quand c'est l'amour qui l'engage, Il perd toute sa fierté.
Il renonce à son empire.
C'est en vain qu'il en soupire; Ln regard sait le séduire :
Il ne faut, pour le réduire, Qu'un souris de la beauté.
Une femme jeune et sage A toujours tant d'avantage!
Elle a pour elle en partage L'agrément et la raison :
Douce humeur et doux langage Font la paix de la maison.
LUCE T T E
Je retiens vos leçons , maman ; je les suivrai :
Car j'aurai mon tour, je l'espère; Et lorsque mon mari sera bien en colère , Au lieu de me fâcher, je le caresserai. Je crains bien que ma sœur ne soit pas si docile !
HÉLÈNE
Pourquoi donc?
Théâlrc. U. ^^
6io SILVAIN.
Ce pauvre IJazile !
Hier encore ils étaient brouilles.
H EL KN K , en se levant.
Que dites-vous, petite fille?
PAULINE
Ma sœur, comme vous babillez!
Oui , je sais bien que je babille Quand je vous dis vos vérités.
PAULINE
N'en croyez rien, maman : nous nous sommes quittés Fort bons amis.
LU CET T E
Vraiment, il a l'ame si bonne, Qu'il cède quand vous rcsislez; Et c'est toujours lui qui pardonne.
HÉLÈNE, // Pauline.
De quoi s'agissait-il?
PAULINE
Bazile, hier au soir.
Au retour des champs, vint me voir,
Comme vous savez ; lui, ma sœur, et moi, nous fîmes Dans le jardin cinq ou six tours; Et puis, maman, nous nous assîmes;
Et puis....
LU CETTE
Et puis, et puis ! voilà bien des détours !
Il lui parla de ses amours;
Il voulut savoir d'elle-même S'il avait su lui plaire; il ne lui demandait
Que trois petits mots, je vous aime :
Son bonheur, disait-il, sa vie en dépendait; Eh bien, jamais ma sœur ne voulut les lui dire.