‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 58 sur 563 · ACTE I, SCÈNE II. Si · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. Si

Je les ai peints cruels jusque dans leurs plaisirs, De rapine et de meurtre amusant leurs loisirs : J'ai de leur politique expliqué le mystère, Suivi, dès le berceau , leur discipline austère, Comparé leur retraite à celle des vautours. Aux amours des lions comparé leurs amours, Montré que de leurs mœurs l'inflexible rudesse Ne tendait qu'à former des tyrans pour la Grèce, Et qu'un peuple élevé pour vaincre et pour mourir, ' S'il devenait puissant, devait tout conquérir. A ces mots, on demande à former une ligue ; On veut à ce torrent opposer une digue; Et nos voisins sur nous fondant leur sûreté, Pensent, en nous sauvant, sauver leur liberté. Tyrans! vous tomberez. Nous n'avons plus de maître. Mes amis. Dans les fers si le ciel nous lit naître , La marque en est flatteuse à qui les a rompus. Il est beau de devoir sa gloire à ses vertus. Mais quel abattement ! quel silence farouche !

T HÉ o N I s.

Amis , n'y pensons plus. La liberté nous touche ; Mais ce serait trop cher acheter ses bienfaits. Il faut céder au temps et recevoir la paix.

ARISTOMÈNE

La paix , la paix , grands dieux , avec la servitude !

Je vois dans vos esprits d'où naît l'inquiétude.

C'est ce grand nom de Sparte, et son vieil ascendant

Qui me fait accuser d'un courage imprudent.

Sénateurs, je connais cette ville guerrière;

Et d'un œil attentif mesurant ma carrière.

J'ai long-temps médité sa force et ses moyens.

Sur autant de héros qu'elle a de citoyens

Sa défense , au-dedans , sa liberté se fonde :

Il n'est point de rempart plus redoutable au monde ;

Mais, lorsque de ses lois oubliant l'équité,

B4 ARISTOM KNK.

Pour étrridre un pouvoir qu'elles ont limité,

Sparte veut rou(jiierir, sa perte est assun-e.

Lu pouvoir sans ressource est de peu de durée.

Vn combat le ruine, un revers le détruit.

Du commerce et des arts la richesse est le fruit :

Le commerce et les arts sont bannis loin de Spaftc.

Comme des corriij)teurs LvciMi^iie les écarte;

Et par-là de la guerre il d<'truit l'aliment.

Osez donc résister à l'effort d'un moment;

Et dans peu, ce torrent échappé des montagnes,

Va se perdre et tarir au sein de vos campagnes.

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