ACTE I, SCENE II. i
D A MOC L Es.
A servir sans se plaindre il est enfin réduit. Votre grandeur l'accable ; et sa haine , en silence , Respecte dans vos mains le glaive et la balance. Laissez autour de vous quelques mutins frémir. Vos travaux sur le trône ont dû vous affermir; Et parmi les grands rois placé par la victoire , Vieillissez en repos dans le sein de la gloire.
DEN YS
En repos! Non, crois-moi, la pourpre des tyrans Cache des cœurs rongés de soucis dévorants. A Corinthe , à Samos , à Sparte et dans Athènes , Exposés sans relâche à d'implacables haines , 3Ies pareils sur le trône ont rarement vieilli. Comme eux , de toutes parts je me vois assailli ; Et dans l'inquiétude où s'agite mon ame, Je ne vois nuit et jour que le fer et la flamme : Mon palais chancelant sous ses toits embrasés, Mes pâles défenseurs à mes yeux écrasés, Mes amis, que la haine appelle mes complices, Indignement livrés aux plus honteux supplices , Et moi , chargé de fers , dans la fange traîné , Expirant sous les coups de ce peuple effréné; Ce sont là les objets dont l'image effrayante A mes yeux éperdus est sans cesse présente. La garde qui m'entoure et veille auprès de moi, L'esclave qui me sert, m'inspirent de l'effroi. De funestes besoins à tout moment m'exposent Vainement au sommeil mes alarmes s'opposent; Je soulage, en tremblant, et ma soif et ma faim, Et je crains jusqu'à l'air qui passe dans mon sein Les voilà ces grandeurs que j'ai tant poursuivies; Le voilà ce pouvoir, ce rang que tu m'envies : Précipice funeste, et dont l'usurpateur N'a jamais sans effroi mesuré la hauteur-.
ï6 DEN YS-J.E-TYKAN.
Gardez-vous toutefois de vouloir en descendre.
I) E N Y s. Quitter le tronc avant qu'il soit réduit en cendre! A.h ! que tu connais mal un cœur ambitieux ! Je suis puissant du moins, si je suis odieux. Le sort d'un vil esclave est au mien préférable ; Mais avant de poser ce fardeau qui m'accable , Quelques lleuves de sang qu'il fallut voir couler, 11 nVsl point de forfait qui me fit reculer.
Jouissez donc, seigneur, d'un destin plus paisible. Svracuse est domptée; et ce bras invincible Lui servant de rempart contre ses ennemis, Dans le sein de la paix tient les cœurs endormis
1) E N YS
C'est du sein de la paix que naissent mes alarmes : Je ne puis reposer qu'à lombre de mes armes. Dans un calme trompeur, quand tout subit ma loi, I,a baine alors s'éveille et gronde autour de moi. Le bonheur des ingrats enhardit leur audace. Vaincu l'on m'implorait, vainqueur on me menace. Le murmure commence où finit le danger. Mes ennemis sont ceux que je viens de venger ; Et par ce même orgueil qui naît de ma victoire , Je me vois insulté jusqu'au sein de la gloire.
I) A M o CL É s.
N'avez-vous pas toujours dans de nouveaux combats Le pouvoir d'affaiblir, d'accabler des ingrats? Laissez, laissez la guerre occuper leur furie. Et d'un sang ennemi purgez votre patrie.
PEN YS
Et comment l'épuiser? Dans le sein des parents
Les enfants ont .sucé la haitie des tyrans.
Cette haine en tous lieux me poursuit, m'environne