ACTE IV, SCENE II. ne
Des mains de la justice arraclie la puissance. Que la force peut seule en arrêter le cours, Que la faible innocence attend notre secours, C'est trahir l'univers qu'épargner qui l'opprime. La Grèce adore enfin ce que tu nommes crime. Hercule, la terreur et l'amour des mortels, Par de tels attentats mérita des autels. Destructeur des méchants , sois le dieu de Messène.
ARISTOMÈNE
S'ils pouvaient périr seuls, j'y souscrirais sans peine; Mais ce peuple innocent, mais ce peuple trompé. Veux- tu qu'en leur ruine il soit enveloppé? Apprenons à souffrir. Dans le rang où nous sommes. On ne sent point assez le prix du sang des hommes. D'un peuple entier sans crime on ne peut se venger; Et fiit-il plus injuste, il faut le ménager.
A RC I R E.
Ton sang est donc le seul dont tu n'es point avare!
ARISTOMÈNE
Cesse de m'accabler d'une pitié barbare. JN'es-tu plus citoyen pour être mon ami? Et moi dans ma vertu suis-je trop affermi? Ne vois-tu pas, cruel, l'effort qu'elle me coûte; Combien je me combats; combien je me redoute} Combien par ces efforts mon cœur est déchiré ? Tout peut clianger encor, rien n'est désespéré. Viens. Pour moi le sénat peut se rendre accessible. Allons tomber aux pieds de ce tigre inflexible.
A RCI RE.
Toi ! tomber à ses pieds quand tu peux l'accabler! Toi fléchir ! Devant toi c'est à lui de trembler. Adoré de l'armée , elle est en ta puissance. Que crains-tu du sénat? et quelle est sa défense.'
ABISTOMÈNE.
Les serments que j'ai faits de lui rester soumis.
l'io ARÎSTOMÈNE.
\ oilà SCS défenseurs, voilà nirs fnnrmi». Laissons, laissons l'oif^MM-il au faible fjn'on opprime i.t'àrr quand on peut vaincre est d'un cœur magnanime JjC sénat me connaît; et, sans m'iiumilier, La vengeance à la main, je puis le supplier. Il ne sait que trop bien, s'il était implacable, Jusqu'où peut me porter la douleur qui m'accable; Et lui flemander grâce en l'état où je suis, C'est lui dire : « Je crains d'oser ce que je puis. »
Mais enfin , si sa liaine aveugle et meurtrière , Sans se laisser fléchir rejetait ta prière?
A R I STO M KNK.
Ml! pourquoi me presser, et me faire entrevoir Ce que peut m'inspirer un affreux désespoir?
Alors du moins, alors ta pitié rebutée, Laissera libre un cœur qui l'a trop écoutée.
Alors sur l'échafaud j'accompagne les miens, Je me montre en victime à mes concitoyens, J'embrasse ma famille , et de la même épée Que d'un sang ennemi Messène vit trempée , Je m'immole à ses yeux, et lui laisse en mourant De son ingratitude un remords dévorant.
LÉARQUE, ARÎSTOMÈNE, ARCIRE.
Léarque épouvanté ! quel funeste présage !
\mi, quel trouble affreux se peint sur ton visage?
LÉARQUE.
\ristomène !