‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 10 sur 162 · LI VR E VI I I · texte numérisé non relu

LI VR E VI I I

sumé, que je fis répandre à la ville, à la cour, au parlement , clans les conseils , rendit la Sorbonne odieuse ; en même temps mes amis travaillèrent à la rendre ridicule, et je m'en reposai sur eux.

La première opération de la Faculté de théologie avait été d'extraire de mon livre les propositions condamnables. C'était à qui aurait la gloire d'y en découvrir un plus grand nombre. Ils les triaient curieusement comme des perles , que chacun à l'envi apportait dans le magasin. Après en avoir recueilli trente-sept, trouvant ce nombre suffisant , ils en firent imprimer la liste sous le titre à' Indiculus. Voltaire y ajouta Tépithète de Pddiculus. Jamais l'adjectif et le substantif ne s'accordèrent mieux ensemble; Indiculus , Ridiculus semblaient faits l'un pour l'autre; ils restèrent inséparables. M. Turgot se joua d'une autre manière de la sottise des docteurs. Comme il était bon théologien lui-même , et encore meilleur logicien , il établit d'abord ce principe évident et universellement reconnu , que de deux propositions Contradictoires, si l'une est fausse, l'autre est nécessairement vraie. Il mit ensuite I en opposition, sur deux colonnes parallèles, les j trente-sept propositions réprouvées par la Sor- ; bonne, et les trente -sept contradictoires, bien exactement énoncées. Point de milieu; en condamnant les unes, il fallait que la Faculté adop lât, professât les autres. Or, parmi celles-ci, il

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n\ en avail j);is une seule (jui ne fVit réNollante tl'horreur ou ridicule d alisurdilé. Ce coup de lumière, jeté sur la doctrine de laSorbonne, fut foudroyant pour elle. Inutilement voulut-elle retirer son 1/ulicutus ; il n était plus temps; le coup était porté.

Voltaire se chargea de traîner dans la boue le syndic Kihallier et son scribe Coi^é, professeur à ce même collège Mazarin, dont Kd)allier était principal, et qui, sous sa dictée, avait écrit contre Bélisairc et contre moi un libelle calomnieux. En même temps, avec cette arme du ridicule qu'il maniait si bien, ^ oltaire tomba à bras raccourci sur la Sorbonne entière; et ses petites feuilles , qui arrivaient de Genève et ([ui voltigeaient dans Paris, anuisaient le public aux dépens de la Facidté. Quelques autres de mes amis, bons raisonneurs et bons railleius, eurent aussi la charité de prendre ma défense; si bien que le décret du tribunal théologique était déjà lioiun et baffoué a^ant (ra\oir j);iru.

Tandis que la Sorbonne, plus furieuse encore «le se voir harcelée, travaillait de toutes ses forces à rendre BèUsaire hérétique, déiste, impie, ennemi du trône et de Iciulel { car c'étaient-là ses deux grands chevaux de bataille), les lettres des souverains de l'Europe et celles des hommes les plus éclairés et les plus sages m'arrivaient de tous les côtés, pleines d'éloges pour mon livre, <[uils disaient être le bréviaire des rois. L impé-

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