‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 9 sur 162 · LIVRE VI 1 1. a · texte numérisé non relu

LIVRE VI 1 1. a

lieux communs, rebattus mille fois, mille fois réfutés, qui sont le rebut des écoles. — Vous traitez, leur dis -je, avec bien du mépris l'autorité des Pères de l'Église et celle de saint Paul , dont mes motifs sont appuyés. » Ils me répondirent « que les écrits des Pères de l'Eglise étaient un arsenal où tous les partis trouvaient des armes, et que le passage de saint Paul que j'alléguais ne prouvait rien. »

a — Eh bien! leur demandai-je, puisque votre autorité seule doit faire loi, que me demandezvous? — Le droit du glaive, me dirent-ils, pour exterminer l'hérésie , l'irréligion , Fimpiété , et tout soumettre au joug de la foi. «

C'était-là que je les attendais, pour me retirer en bon ordre et me tenir retranché dans un poste où l'on ne pourrait m'attaquer. Pî^œntunitum ^ atque ex omni parte causée septuni ( de or. L. 3 ). Je leur répondis donc « que le glaive était l'une de ces armes charnelles que saint Paul avait réprouvées lorsqu'il avait dit, Anna militiœ nostrœ non carnalia sunt; » et , à ces mots , j'allais sortir. Le prélat me retint, et, me serrant les mains entre les siennes, me conjura, avec un pathétique vraiment risible, de souscrire à ce dogme atroce, a Non, Monseigneur, lui dis-je; si je l'avais signé, je croirais avoir trempé ma plume dans le sang ; je croirais avoir approuvé toutes les cruautés commises au nom de la religion. — Vous attachez donc, me dit le Fèvre avec son

insolence doctorale, une grande importance et une grande autorité à votre opinion? — Je sais, lui dis -je, monsieur Tabbé, que mon autorité n'est rien ; mais ma conscience est quelque chose; et c'est elle ([ui, au nom de riiunianité, au nom de la religion même, me défend d'approuver les persécutions. Defendcnda religio est, non occidendo sed rnoriendo ; non sœv/lùi , sed palientià... si sanguine, si tonnentis , si nudo religionem defenderc velis ; jam non defendetur , sed poUuetur atque violabitur. C'est le sentiment de Lactance, c'est aussi celui de Tertulien et celui de saint Paul , et vous me permettrez de croire que ces gens-là vous valaient bien. »

« — Allons, dit-il à ses conlrères, il n'en faut plus parler. Monsieur veut être censuré ; il le sera. » Ainsi finirent nos conférences. Ce qui m'en était précieux, c'était le résultat que j'en avais tiré. Ce n'était plus ici de petites chicanes théologiques où j'aurais été exposé aux arguties de l'école ; c'était un point de controverse réduit aux termes les plus simples, les plus frappants, les plus tranchants, a Us ont voulu, pouvais-je dire, me faire reconnaître le droit de forcer la croyance, d'y employer le glaive, les tortures, les échafauds et les bûchers; ils ont voulu me faire approuver qu'on prêchât l'Evangile le poignard à la main ; et j'ai refusé de signer cette doctrine abominable. Voilà pourquoi l'abbé le Fèvre m'a déclaré (pie je serais ceusiué sans pitié. » Ce ré-

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