‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 11 sur 162 · LIVRE VI II · texte numérisé non relu

LIVRE VI II

ratrice de Russie l'avait traduit en langue russe, et en avait dédié la traduction à un archevêque de son pays. L'impératrice , reine de Hongrie , en dépit de l'archevêque de Vienne , en avait ordonné l'impression dans ses états , elle qui était si sévère à l'égard des écrits qui attaquaient la religion. Je ne négligeai pas , comme vous pen-

fbien, de donner connaissance à la cour et parlement de ce succès universel ; et ni l'une , ni l'autre , n'^rent envie de partager le ridicule de la SorbonW.

Les choses étant ainsi disposées, et ma présence n'étant plus nécessaire à Paris, j'employai le temps que mirent les docteurs à fabriquer leur censure, je l'employai, dis-je, à remplir les saints devoirs de l'amitié.

Madame Filleul se mourait d'une fièvre lente qui avait pour cause une humeur acre dans le sang, et pour laquelle le plus habile de nos médecins, Bouvart, lui avait ordonné les eaux et les bains d'Aix-la-Chapelle. La jeune comtesse de Séran l'y accompagnait; mais, dans l'état où était la malade , l'assistance d'un homme leur était nécessaire. Leur ami Bouret me pria de les accompagner. Je m'en fis un devoir; et, dès qu'elles apprirent ma réponse, madame de Séran m'écrivit ce billet.

« Est -il bien vrai que vous venez avec nous a aux eaux ? Non , je ne puis le croire. C'était ff l'objet de tous mes désirs ; mais je n'osais en

l^lrinnives. JT V

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« faire r<)l)j\'t (le mes espérances. Vos occiipa- « lions, vos affaires, vos plaisirs, tout lonibat ma « confiance. Assure/- m'en vous-même, si vous « voulez que je me le persuade ; et, si ^(>us m'en « assurez, croyez que je mettrai celte marque « d'amitié au-dessus de toutes celles (pii ont été u données dans la vie. jNIadame Filleul n ose pas « plus se flatter que moi; mais vous seriez peul- « être décidé par le désir qu'elle en montre ,™ « la reconnaissance qu'elle en témoigne. »

Je partis avec elles. Madame FillIP était si mal, et madame de Séran croyait si bien voir mourir son amie en cliemin , qu'elle m'avertit de me pourvoir d'un habit de deuil.

Arrivés à Aix-la-Chapelle avec cette femme courageuse (pii , n'ayant plus qu'un souffle de vie , ne laissait pas de sourire encore à la gaîté que nous affections, le médecin des eaux fui appelé ; il la trouva trop affaiblie pour soutenir le baiji , et commença par lui faire essayer tout doucement les eaux. L'effet de leur vertu fut tel, que l'éruption de rhumcur ayant rendu la vie à la malade, dans peu de jours elle reprit des forces et fut en état de soutenir le bain. Alors s'opéra, connue par miracle, ini changement [)rodigieux. L'érnpti<jn fut complète sur tout le corps, et la malade se sentant ranimée allait seule , se promenait, et nous faisait admirer les progrès de sa guérison, de son appétit , de ses forces. Hélas! malgré nos remontrances et nos prières, elle

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