‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 100 sur 162 · LIVRE XIV, 3oî · texte numérisé non relu

LIVRE XIV, 3oî

pouvaient exiger la législation civile et la procédure criminelle; et en reconnaissant la nécessité de rendre l'administration de la justice plus facile , d'en corriger les abus , d'en restreindre les frais, de tarir la source de ces discussions interminables qui ruinaient les familles , et de mettre les justiciables à portée d'obtenir un prompt jugement , il rendit tacitement hommage aux principes de Lamoignon.

Enfin , par ordre exprès du roi , le directeurgénéral des finances ayant pris la parole, en exposa la situation; et sans dissimuler le mal, il en indiqua les remèdes. Sur ce tableau si effrayant dans l'ombre , il répandit une lumière rassurante; et aux aveux les plus affligeants, il mêla les consolations d'une espérance couraoeuse. Il fit voir que l'objet le plus pressant et le plus difficile, l'égalité à établir entre les revenus et les dépenses fixes, ne demandait pas même le secours d'un nouvel impôt ; que ce vide serait rempli par de simples réductions et de légères économies. Quant aux ressources qui lui restaient pour les besoins de la présente année , pour les dépenses extraordinaires des deux suivantes, pour l'amortissement successif des anciennes dettes , pour diminuer la somme des anticipations, enfin pour acquitter quelques dettes pressantes et actuellement exigibles, il les indiqua, ces ressources, dans le casuel progressif des extinctions des rentes viagères, dans le produit des économies

et (les nouvelles améliorations, dans raccroissement des subsides plus également imposés, plus léojiilièrement perrus. Enfin , sur d'obtenir du temps et du crédit national le seul moyen légitime et permis d'alléger les charges publiques, il n'en voulait point d'autres, et il répudiait, comme indigne d'un roi et d'une nation magnanime , toute espèce d'altération dans la foi des engagements.

« Que de plus grandes précautions , dit - il , soient prises pour l'avenir, le roi le désire, le roi le veut; mais à une épocpie si solennelle, où la nation est appelée par son souverain à l'environner, non pas pour un moment, mais pour toujours; à une époque où cette nation est appelée à s'associer en quelque manière aux pensées et aux volontés de son roi , ce qu'elle désirera de seconder avec le plus d'empressement, ce sont les sentiments d'honneur et de fidélité dont il est rempli. Ce sera un jour, messieurs, un grand monument du caractère moral de sa majesté que cette protection accordée aux créanciers de l'Etal , que celte longue et constante fidélité; car, en y renonçant, le roi n'avait besoin d'aucun secours; et c'est là peut-être le premier conseil que les machiavélistes modernes n'auraient pas manqué de hii donner. »

A ces maximes de justice et de probité, IVecluM ajouta le grand intérêt de la puissance politique, dont ces principes étaient la base ; et avec la

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même éloquence dont il avait plaidé la cause des créanciers de l'État , il plaida celle des pensionnaires. Sa loyauté fut applaudie.

Mais , lorsqu'en parlant de certains mandats conditionnels, où les engagements à prendre à l'égard des finances étaient considérés comme un objet secondaire , qui devait être précédé de toutes les concessions et de toutes les assurances que la nation demanderait, le ministre observa que les besoins des finances n'étaient que les besoins publics; que les dépenses de l'État ne concernaient pas moins la nation que le monarque; qu'il y allait de sa sûreté, de son repos, de sa défense, de toutes les commodités de son existence publique, et qu'une obligation aussi absolue que celle d'y pourvoir ne laissait pas la liberté de la rendre conditionnelle ; enfin , lorsqu'en supposant même que le roi eût plus d'intérêt que la nation au rétablissement de l'ordre et du crédit , et à l'acquittement de la dette publique , Necker osa dire aux députés : Non , messieurs , ( et il est bon de vous le faire observer afin que vous aimiez davantage votre auguste monarque ), non, ce n'est pas à la nécessité absolue d'un secours d'argent que vous devez le précieux avantage d'être assemblés par sa majesté en étatsgénéraux; » et qu'il leur fit voir, article par article, que le plus grand nombre des moyens de subvenir aux besoins de l'État et de remplir le déficit , auraient été dans les mains du roi sans

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commettre aucune injustice, et par de simples retranchements soumis à sa puissance et à sa volonté; alors ceux qui, dans leur système de domination, voulaient laire subir au roi la loi de la nécessité, s'offensèrent que son ministre parût vouloir l'en affranchir. On leur avait entendu dire que la nation devrait lapider Thomme qui enseignerait au roi à se passer de nouveaux secours.

Necker, il est vrai, voulait dissuader l'assemblée du droit qu'elle croyait avoir de refuser sou assistance; mais, en faisant soutenir au roi la dignité de sa couronne, il laissait à la nation tous les moyens de contenir son autorité légitime dans les bornes de l'équité.

Et en effet, par un commun accord entre le monarque et les peuples, les dépenses étant fixées, les impôts consentis, les ministres comptables, les états de recettes et de dépenses publiés, mis sous les yeux de la nation, et vérifiés par ellemême; enfin, les abus réformés, et l'administration soumise aux règles de la plus exacte économie; que voulait-on de plus? Et si l'égalité de l'impôt était convenue, si le retour des étatsgénéraux était réglé, la presse libre comme elle pouvait l'être, les lettres -de -cachet abolies ou confiées à la sagesse d'un tribunal, si la liberté, la sûreté pidjlique et personnelle, la propriété, l'égalité de tous les citoyens devant la loi et sous la loi, était rendue inviolable; si tous ces biens

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