LIVRE XIV. 3o
«étaient non-seulement offerts, mais assurés à la nation, que manquait-il au succès inoui de cette première assemblée? Il y manquait ce caractère crindépendance et de domination que les partisans fanatiques d'une démocratie absolue et despotique voulaient avoir dans leurs décrets.
«Lorsqu'il en sera temps, leur disait M. Necker, sa majesté appréciera justement le caractère de vos délibérations; et s'il est tel qu'elle l'espère, s'il est tel qu'elle a droit de l'attendre, s'il est tel enfin que la plus saine partie de la nation le veut et le demande, le roi secondera vos intentions et vos travaux ; il mettra sa gloire à les couronner; et l'esprit du meilleur des princes se mêlant, pour ainsi dire, à celui qui inspirera la plus fidèle des nations, on verra naître de cet accord le plus grand des biens, la plus solide des puissances. »
C'était Ce langage d'une autorité qui se réservait l'examen et le libre consentement , c'était là ce qui blessait l'orgueil de la ligue démocratique. Jaloux de voir le souverain vouloir de son pur mouvement ce qu'ils prétendaient commander, ils accusaient Necker de revêtir le despotisme des formes de la bienfaisance. Ils voulaient un roi qui ne fût plus un roi.
Cependant, malgré Mirabeau et malgré le libelle violent qu'il publia, le discours du roi et celui du ministre eurent, dans l'assemblée comme dans le public, le suffrage, .des gens de bien.
Mémoires. II. -^ ^
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L'affliience la plus nombreuse des haljitants de Paris s'était pressée en foide jusqu'à Versailles, pour jouir du spectacle de l'ouverture des états. Et lorsque le roi, à la léte des députés de la nation, se rendit après l'assemblée à l'église de Saint-Louis, la pompe, l'ordre, la majesté de cette marche auguste , le silence respectueux d'une foule de spectateurs dont elle était bordée ; le roi , au milieu de cette cour nationale , plein d'une douce et crédule joie, et autour de lui sa famille, heureuse du même bonheur, tout cela, dis-je , ensemble, fit sur les âmes une impression si vive et si profonde, que des larmes involontaires coulaient de tous les yeux. On croyait voir les espérances précéder la marche des étatsgénéraux, et les prospérités la suivre; mais, au milieu de cet appareil de patriotisme et de concorde, le mouvement sourd qui précède les dissensions orageuses agitait déjà les esprits-