LIVRE XV. Jj'iJ
dnn sentiment d'amour pour lui et de respect pour sa volontë. Ce fut à lui qu'ils se rendirent; et ce jour ( le 27 juin) fut marqué par la réunion des trois ordres dans la salle commune des élats-généraux.
Cette réunion solennelle se fit d'abord dans un profond silence; mais, lorsqu'elle fut consommée, à ce silence respectueux succéda tout-àcoup une explosion de joie qui se communiqua et se répandit au dehors.
Le peuple , susceptible encore de sentiments honnêtes et de douces émotions, vient d'apprendre que son triomphe est l'ouvrage du roi; et, doublement heureux de l'obtenir et de le lui devoir, se presse vers ce palais, où quelques jours auparavant l'avaient emporté ses alarmes. Il le fait retentir du vœu le plus doux des Français. Il demande à voir ce bon roi, à lui montrer comme il sait l'aimer , à le rendre témoin des transports qu'il lui cause.
Le roi paraît sur le balcon de son appartement, la reine est avec lui; et tous les deux entendent leurs noms retentir jusqu'au ciel. De douces larmes coulent dans leurs embrassements, et par un mouvement dont tous les cœurs sont attendris, la reine serre dans ses bras l'objet de leur reconnaissance. Alors ce peuple, qui depuis s'est montré si féroce, et qui était encore bon (j'aime à le répéter ), saisit l'instant de payer à la reine ses sentiment» d'épouse par un bonheur
de niere. Il lui demande à voir son fils, il demande à voir le dauphin. Ce précieux et faible enfant, porté dans les l^ias de la reine, est présenté par l'amour maternel à la tendresse nationale. Heureux de ne devoir pas vivre assez pour voir quels seraient les retours de cette trompeuse faveur.
^4près le bon roi , le bon ministre , sécrie alors la multitude; et d'une commune impulsion elle se précipite vers Thotel des finances , qu'elle fait retentir encore de bénédictions et de vœux.
Durant la nuit de ce grand jour, Versailles illuminé ne présenta par-tout que le tableau de la félicité publique.
Rien de plus doux que le spectacle d'une nation exaltée par des sentiments généreux. Mais l'enthousiasme dans le peuple est dangereux, lors même qu'il est le plus louable ; car le peuple ne connaît point d'intervalle entre les extrêmes ; et , d'un excès à l'autre , il se laisse emporter par la passion du moment. Il sentait alors tout le prix de la liberté. Mais cette liberté récente, dont il était comme enivré, allait bientôt le dépraver, en faisant fermenter en hii les éléments de tous les vices.
Déjà, sous le nom spécieux de bien public, était répandu dans la foule un esprit de licence, de faction et d'anarchie. T/indépendance et la perpétuité d'une assemblée nationale où domineraient les connnunes , et, dans cette assemblée ,