LIVRE XVI
sein de riruligence , et tourmenté des angoisses les plus cruelles, se verra-t-il disputer le reste de sa subsistance par une foule de soldats menaçants? La présence des troupes ameutera, produira une fermentation universelle ; et le premier acte de violence exercé, sous prétexte de police, peut commencer une suite horrible de malheurs. « Le danger est pour les troupes. Des soldats français, approchés du centre des discussions, participant aux passions comme aux intérêts des peuples, pourront oublier quun engagement les a faits soldats pour se souvenir que la nature les fit hommes.
« Le danger, sire, menace les travaux qui sont notre premier devoir, et qui n'auront un plein succès, une véritable permanence qu'autant que les peuples les regarderont comme entièrement libres. Il est d'ailleurs une contagion dans les mouvements passionnés. Nous ne sommes que des hommes : la défiance de nous-méraes, la crainte de paraître faibles , peuvent nous entraîner au-delà du but. Nous serons obsédés d'ailleurs de conseils violents et démesurés; et la raison calme, la tranquille sagesse ne rendent pas leurs oracles au milieu du tumulte, du désordre et des scènes factieuses. Le danger, sire, est plus terrible encore, et jugez de son étendue par les alarmes qui nous amènent devant vous. De grandes révolutions ont eu des causes bien moins éclatantes : plus d'une entreprise fatale aux na-
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lions s'est annoncée d'une manière moins sinistre et moins formidable.
« Ne croyez pas ceux qui vous parlent légèrement de la nation , et qui ne savent que vous la représenter selon leurs vues : tantôt insolente, rebelle, séditieuse; tantôt soumise, docile au joug, prompte à courber la tète pour le recevoir. Ces deux tableaux sont également infidèles. Toujours prêts à vous obéir, sire, parce que vous commandez au nom des lois , notre fidélité est sans bornes comme sans atteinte. Prêts à résister à tous les commandements arbitraires de ceux qui abusent de votre nom, parce qu'ils sont ennemis des lois, notre fidélité même nous ordonne cette résistance, et nous nous honorerons toujours de mériter les reproches que notre fermeté nous attire.
« Sire, nous vous en conjurons au nom de la patrie, au nom de votre bonheur et de votre gloire , renvoyez vos soldats aux postes d'où vos conseillers les ont tirés ; renvoyez cette artillerie destinée à couvrir vos frontières; renvoyez surtout les troupes étrangères, ces alliés de la nation que nous payons pour nous défendre et non pour troubler nos foyers; votre majesté n'en a pas besoin; et pourquoi un roi, adoré de vingt millions de Français, ferait -il accourir à grands frais autour du trône quelques milliers d'étrangers? Sire, au milieu de vos enfants, soyez gardé par leur amour. Les députés de la nation sont