‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 121 sur 162 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

])rotéger Paris que des ennemis qui portaient la flamme et le fer dans ses murs, croyaient tous ivoir à combattre pour leurs foyers, pour leurs femmes et leurs enfants. La nécessité , le péril , le soin de la défense et du salut commun, la résolution de périr ou de sauver ce qu'ils avaient de plus cher au monde , occupait seul toutes les âmes, et formait de tous les courages et de toutes les volontés cet accord surprenant qui, d'une ville immense et violemment agitée , fit une armée obéissante à l'intention de tous, sans recevoir l'ordre d'aucun; en sorte qu'une fois tout le monde sut obéir où personne ne commandait. Les armes à feu et la poudre manquaient encore à Cette armée , et le comité de la ville ayant protesté de nouveau qu'on n'en trouverait pas même à l'Arsenal , on retourna aux Invalides. L'ordre que Sombreuil attendait de Versailles n'arrivait point. Le peuple allait employer la force; et telle était l'irrésolution de la cour, ou telle était plutôt la répugnance du roi pour toute espèce de violence, que dans le Champ-de-Mars , à deux pas de l'hôtel que l'on venait forcer, les troupes n'eurent pas l'ordre de le défendre. Sans vouloir rien céder, on abandonnait tout; moyen de tout perdre avec honte.

Ce fut donc sous les yeux de six bataillons suisses et de huit cents hommes de cavalerie, tant dragons que hussards, tous immobiles dans leur camp, que fut ouvert au peuple l'hôtel des In-

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valides, preuve bien positive, comme Ta depuis affirmé Bezenval , qu'il était défendu aux troupes de tirer sur les citoyens ; et ce fut là le grand avantage du peuple, que le consentement du roi se bornait à le contenir , sans permettre de le traiter ni en ennemi, ni en rebelle. On le vit ce même ordre observé dans Paris, aux barrières, aux boulevards, dans la place de Louis XY. C'était aussi ce qui rendait dans tous les postes d'alentour les troupes accessibles à la corruption par la facilité que l'on donnait au peuple de communiquer avec elles.

Ce peuple , hommes et femmes , accostait le soldat; et le verre à la main, lui présentait l'attrait de la joie et de la licence. Eh quoi! lui disait-il, venez-vous nous faire la guerre? Venezvous verser notre sang? Auriez -vous le courage de tirer l'épée contre vos frères , de faire feu sur vos amis? JX'ètes-vous pas, comme nous, Français et citoyens? N'êtes -vous pas, comme nous, les enfants de ce peuple qui ne demande qu'à être libre et à n'être plus opprimé? Vous servez le roi, vous l'aimez, et nous aussi nous l'aimons ce bon roi; nous sommes prêts à le servir. Il n'est pas l'ennemi de son peuple; mais on le trompe, e.vl'on vous commande, en son nom, ce qu'il ne veut pas. Vous servez, non pas lui, mais ces nobles injustes, ces nobles qui vous déshonorent en vous traitant comme des esclaves. Venez , braves soldats, venez et vengez-vous du plat de

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