LIVRE DIX-SEPTIEME
C><ETTE résolution parut inopinée et soudaine | parmi le peuple; mais elle était préméditée dans le conseil des chefs de la révolution. La Bastille, comme prison d'Etat, n'avait cessé d'être odieuse par l'usage souvent inique qu'en avait fait, sous les précédents règnes, le despotisme des ministres; et, comme forteresse, elle était redoutable, sur- tout à ces faubourgs populeux et mutins que dominaient ses mms , et qui , dans leurs émeutes, se voyaient sous le feu du canon de ses tours. Pour remuer à son gré ce peuple et le faire agir hardiment, la faction républicaine voulait donc qu'il fût délivré de ce voisinage importun. Les gens de bien les plus paisibles et même les plus éclairés voulaient aussi que la Bastille fût détruite, en haine de ce despotisme dont elle était le boulevard ; en quoi ils s'occupaient bien plus de leur sécurité que de leur sûreté réelle; car le despotisme de la licence est mille fois plus redoutable que celui de l'autorité, et la populace effrénée est le plus cruel des tyrans. 1,1 ne fallail donc pas que la Bastille fût détruite, mais que les clefs en fussent déposées dans le sanctuaire des lois.