‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 124 sur 162 · LIVRE XVII. SG-y · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. SG-y

La cour la croyait imprenable ; elle l'aurait (té, ou l'attaque et le siège en auraient coûté bien du sang, si elle avait été défendue; mais riiomme à qui la garde en était confiée, le marquis de Launay, ne voulut, ou n'osa, ou ne sut faire usage des moyens qu'il avait (Yen rendre la résistance meurtrière; et cette populace qui Ta si lâchement assassiné, lui devait des actions fie grâces.

De Launay avait espéré d'intimider le peuple; mais il est évident qu'il voulut l'épargner. Il avait quinze pièces de canon sur les tours ; et quoi qu'en ait dit la calomnie pour pallier le crime de son assassinat, pas un seul coup de canon de ces tours ne fut tiré. Il y avait de plus, dans l'intérieur du château, trois canons chargés à mitrailles, braqués en face du pont-levis. Ceux-ci auraient fait du carnage dans le moment que le peuple vint se jeter en foule dans la première cour; il n'en fit tirer qu'un, et qu'une seule fois. Il était pourvu d'armes à feu de toute espèce, de six cents mousquetons , de douze fusils de remparts d'une livre et demie de balles , et de quatre cents biscaïens. Il avait fait venir de l'arsenal des caissons, des boulets, quinze mille cartouches et vingt milliers de poudre. Enfin, poru^ écraser les assiégeants, s'ils s'avançaient jusqu'au pied des murs de la place, il avait fait porter sur les deux tours du pont-levis un amas de pavés et de débris de fer; mais, dans tous ces ap-

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prêts pour soutenir un siège, il avait oublié les vivres, et enfermé clans son château avec quatrevingts invalides, trente -deux soldats suisses et sou état- major, il n'avait, le jour de l'attaque , pour toutes provisions de bouche , que deux sacs de farine et un peu de riz; preuve que tout le reste n'était rien qu'un épouvantail.

Le petit nombre de soldats suisses qu'on Itn avait envoyés, étaient des hommes surs et disposés à se défendre; les invalides ne l'étaient pas, il devait bien le savoir; mais du moins n'auraitil pas dû les exposer à la peur de mourir de faim. Trop inférieur à sa position, et dans cet étoiudissement dont la présence du péril frappe une tête faible , il le regardait d'un œil fixe , mais trouble , et plutôt immobile d'étonnemcut que de résolution. Malheureusement cette prévoyance qui lui manquait, personne dans les conseils ne l'eut pour lui.

Pour enivrer le peuple de son premier succès, on a outrément exalté, comme un exploit, l'attaque et la prise de la Bastille. Voici ce que j'en ai appris de la bouche même de celui qui fut proclamé et porté en triomphe, comme avant conduit l'entreprise et comme en étant le héros.

« La Bastille n'a ])oiut été prise de vive force, m'a dit le brave Élie; elle s'est rendue avani même d'être attaquée. Elle s'est rendue sur la parole que j'ai donnée, foi d'officier français, <l de la part du peuple, qu'il ne serait fait aucun

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