V R E XVII. 3G
mal à personne si on se rendait. » Voilà le fait dans sa simplicité, et tel qu'Elie me l'a attesté; en voici les détaits écrits sous sa dictée.
Les avant-cours de la Bastille avaient été abandonnées. Quelques hommes déterminés ayant osé rompre les chaînes du pont-levis qui fermait la première, le peuple en foule y était entré. Delà, sourd à la voix des soldats qui, du haut des tours, s'abstenaient de tirer sur lui, et lui criaient de s'éloigner, il voulut se porter vers les murs du château. Ce fut alors qu'on fit feu sur lui ; et mis en fuite , il se sauva sous les abris des avantcours. Un seid mort et quelques blessés jetèrent l'épouvante jusqu'à THotel-de-Ville , et l'on y vint au nom du peuple demander instamment que l'on fit cesser le carnage en employant la voie des députations. Il en arriva deux, l'une par l'arsenal et l'autre du côté du faubourg Saint- Antoine, (c Avancez , leur criaient les invalides du haut des tours, nous ne tirerons pas sur vous, avancez avec vos drapeaux. Le gouverneur va descendre, on va baisser le pont du château pour vous introduire , et nous donnerons des otages. » Déjà le drapeau blanc était arboré siu- les tours, et les soldats y tenaient leurs fusils renversés en signe de paix; mais ni l'une ni l'autre députation n'osa s'avancer jusqu'à la dernière avantcour. Cependant la foule du peuple s'y pressait vers le pont-levis, en faisant feu de tous côtés. Les assiégés eurent donc lieu de croire que ces
Mémoires, II- ^^
370 ]>! jî .u o I II j; s.
app.'ircnccs de dépiitalioii nV'taient f|iriiiic ruse pour les surprendre; et après avoii- iiuitileinenl crié nu peuple de ne pas avancer, ils se virent contraints de tirer à leur Umv.
l.e peuple, repoussé une seconde fois, et furieux d'avoir vu tomber quekpies-iuis des siens sous le feu de la place, s'eji venijea selon sa coutume. Les casernes et les boutiques de Tavantcour furent pillées; le logement du gouverneur fut livré aux flammes. Un coup de canon à mitrailles et une décharge de mousqueterie avaient écarté cette foule de pillards et d'incendiaires , lorsqu'à la tète d'une douzaine de braves citoyens, Elie, s'avançant jusqu'au bord du fossé, cria qu'on se rendît, et qu'il ne serait fait aucun mal à personne. Alors il vit, par une ouverture du tablier du pont-levis, une main passer et lui j)résenter un l^illct. Ce billet fut reçu au moyen d'une planche qu'on étendit sur le fossé; il était conçu en ces mots : « Nous avons vingt milliers de poudre; nous ferons sauter le château, si vous n'acceptez pas la capitulation. Signé , di: Launay. »
Elie, après avoir lu le billet, cria qu'il acceptait, et du coté du fort toutes hoslililés cessèrent. De Launay cependant, avant de se livrer au peuple, voulait que la capitulation fût ratifiée et signée à l'Hôtel -de -Ville, et que, pour garantir sa sûreté et celle de sa troupe, une garde imposante les reçût et les protégeât; mais les malheureux invalides, croyant hâter leur délivrance.