LIVRE DIX-HUITIÈME
JL/Aivs l'assemblée nationale, du côté des communes , il y avait comme dans le peuple deux esprits et deux caractères : l'un modéré , faible et timide ; c'était celui du plus grand nombre : l'autre fougueux, outré, violent et hardi; c'était celui des factieux. On avait vu d'abord celui - ci , pour ménager l'autre, n'annoncer que des vues raisonnables et pacifiques. On avait entendu l'un de ses organes conjurer le clergé, au nom d'un Dieu de paix , de se réunir avec l'ordre où l'on méditait sa ruine. Nous venons de voir Mirabeau , dans sa harangue au roi, affecter un respect et un zèle hypocrite ; mais lorsqu'après s'être assuré de la résolution et du dévouement du bas peuple, de la mollesse, de la nonchalance, de la timidité de la classe aisée et paisible, ce parti se vit en état de maîtriser l'opinion, il cessa de dissimuler.
Dès le lendemain du jour où le roi était allé de si bonne foi se livrer à l'assemblée nationale, on entreprit de poser en principe qu'elle avait droit de s'ingérer dans la formation du ministère; et les deux orateurs qui sur ce point attaquèrent
iyO MÉMOIRES.
de front la prérogative royale, furent Minibeau et Barnave, l'un et l'autre doués d'une éloquence populaire; Mirabeau, avec plus de fougue et par élans passionnés, souvent aussi en fourbe et avec artifice; Barnave, avec plus de franchise, plus de nerf et plus de vigueur. Tous les deux avaient appuyé l'avis d'ôter au roi le libre choix de ses ministres; droit que Tolendal et Mou nier avaient fortement défendu, en soutenant que, sans cette liberté dans le choix des objets de sa confiance , le roi ne serait plus rien. Le décret résultant de cette discussion l'avait laissée irrésolue; mais la question une fois engagée n'en était pas moins le signal de la lutte des deux pouvoirs.
Pour ce combat, il fallait aux communes luie force toujours active et menaçante. De -là tous les obstacles qu'éprouva Tolendal dans sa motion du 20 juillet. C'est encore lui qu'il faut entendre.
« A partir du point où nous étions, il était évident, dit-il, qu'il n'y avait plus à redouter pour la liberté que les projets des factieux ou les dangers de l'anarchie. L'assemblée nationale n'avait à se mettre en garde que contre l'excès même de sa propre puissance. Il n'y avait pas un moment à perdre pour rétablir l'ordre public. Déjà l'on avait la nouvelle que la commotion éprouvée dans la capitale s'était fait sentir, non-seulement dans les villes voisines, mais dans les provinces lointaines. Les troubles s'annonçaient dans la Bretagne ; ils existaient dans la Normandie et dans