LIVRE XVIII. jgi
la Bourgogne ; ils menaçaient de se répandre dans tout le royaume. Des émissaires , partis évidemment d'un point central, couraient par les chemins, traversant les villes et les villages sans y séjourner, faisant sonner le tocsin, et annonçant tantôt des troupes étrangères, et tantôt des brigands, criant par -tout aux armes, plusieurs répandant de l'argent. »
En effet, j'en voyais moi-même traversant à cheval le hameau où j'étais alors , et nous criant qu'autour de nous des hussards portaient le ravage, et incendiaient les moissons ; que tel village était en feu et tel autre inondé de sang. Il n'en était rien; mais, dans l'ame du peuple, la peur excitait la furie, et c'était ce qu'on demandait.
Les mains pleines de lettres qui attestaient les excès impunément commis de toutes parts, Tolendal se rendit à l'assemblée nationale, et y proposa un projet de proclamation qui, après avoir présenté à tous les Français le tableau de leur situation, de leurs devoirs et de leurs espérances, les invitait tous à la paix , mettait en sûreté leur vie et leurs propriétés, menaçait les méchants, protégeait les bons, maintenait les lois en vigueur et les tribunaux en activité. « Ce projet , nous dit -il, fut couvert d'applaudissements : on demanda une seconde lecture , et les acclamations redoublèrent. Mais quel fut mon étonnement lorsque je vis un parti s'élever pour le combattre!.. Suivant l'un, ma sensibilité avait séduit ma raison.
Ces incendies, ces emprisonnements, ces assassinats étaient des contrariétés qu'il fallait savoir supporter, comme nous avions dû nous y attendre. Suivant l'autre , mon imagination avait créé des dangers qui n'existaient pas. Il n'y avait
de danger que dans ma motion Danger pour
la liberté, parce qu'on ôterait au peuple luie inquiétude salutaire qu'il fallait lui laisser; danger pour l'assemblée, qui allait voir Paris se déclarer contre elle, si elle acceptait la motion; danger pour le- pouvoir législatif qui, après avoir brisé l'action si redoutable de l'autorité, allait lui en rendre une plus redoutable encore. »
Le meurtre de Bertbicr, intendant de Paris, celui de Foulon son beau -père, massacrés à la Grève , leurs tètes promenées , et le corps de Foulon traîné et déchiré dans le Palais- Royal , faisaient voir que la populace, ivre de sang, en était encore altérée, et semblaient crier à l'assemblée de se hâter d'admettre la motion dcToIendal. Lui-même il va nous dire le peu d impression que fit cet horrible incident.
« Le lendemain ( 1 1 juillet ) je fus éveillé par des cris de douleur. Je vis entrer dans ma chambre un jeune homme pâle, défiguré, qui vint se précipiter sur moi , et qui me dit en sanglottant : Monsieur, vous avez passé quinze ans de votre vie à défendre la mémoire de votre père, sauvez la vie du mien, et qu'on lui donne des juges. Présentez-moi à l'assemblée nationale, et que je lui