‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 14 sur 162 · LIVRE VI 1 1. 4l · texte numérisé non relu

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s'accomplisse : j'aime sincèrement, je révère du fond du cœur cette religion consolante; mais, si jamais elle meurt parmi nous, le fanatisme théologique en sera seul la cause ; ce sera lui qui , de sa main , lui aura porté le coup mortel. »

Alors s'éloignant un peu de moi, et parlant à voix basse à Tévèque de Noyon, je crus entendre qu'il lui disait : Cela durera plus que nous. Il se trompait. Ensuite , revenant vers moi : « Si vous aimez la religion, insista-t-il , pourquoi vous joignez-vous à ceux qui méditent de la détruire ?

— Je ne me joins , lui répondis- je, qu'à ceux qui l'aiment comme moi , et qui désirent qu'elle se montre f elle qu'elle est venue du Ciel , pure , sans mélange et sans \.2ic}iQ ., sicut aurora consurgens , pulchra ut luna, electa ut sol. — Il ajouta en souriant, terribilis ut castrorum actes ordinata. — •

— Oui, répliquai-je, terrible aux méchants, aux fanatiques, aux impies; mais terrible dans l'avenir avec les armes qui lui sont propres , et qui ne sont ni le fer ni le feu. » Telle fut à-peu-près notre première conversation.

Une autre fois , comme il en revenait sans cesse à dire que les philosophes se donnaient trop de libertés : « Il est vrai , monseigneur , lui dis -je , que par- fois ils s'avisent d'être vos suppléants dans des fonctions assez belles; mais ce n'est qu'autant que vous-mêmes vous ne daignez pas les remplir. — Quelles fonctions , demanda-t-il ? ■■ — Celles de prêcher sur les toits des vérités qu'on

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dit trop rarement aux souverains, à leurs ministres, aux flatteurs (jui les environnent. Depuis l'exil (le Fénélon, ou, si vous voulez, depuis ee petit cours de morale touchante que Massillon fit faire à Louis XY enfant , leçons prématurées et par- là inutiles, les vices, les crimes publics ont -ils trouvé dans le sacerdoce un seul agresseur coura£>eux ? En chaire , on ose l)ien tancer de petites faiblesses et des fragilités communes; mais les passions désastreuses, les fléaux politiques, en un mot, les sources morales des malheurs de l'humanité, qui ose les attaquer ? qui ose demander compte à l'ore^ueiKà Tambition, à la vaine gloire, au faux zèle, à la fureur de dominer et d'envahir, qui ose leur demander compte devant Dieu et devant les hommes , des larmes et du sang de leurs innombrables victimes? » Alors, je supposai un Chrysostome en chaire ; et , en exposant les sujets qui invoqueraient son éloquence, je fus peut-être moi-même éloquent dans ce moment- là.

Quoi qu'il en soit, mes deux prélats , après m'avoir tâté le pouls deux ou trois fois, trouvèrent mon mal incurable; et, lorsqu'un jour en leur montrant sur ma table le manuscrit des Incas, je leur dis : « Voilà ini ouvrage qui réduira vos docteurs à l'alternative de brûler l'Evangile ou de respecter dans Las -Casas, cet apôtre des Indes, les mêmes sentiments et la même doctrine qu'ils condamnent dans Ik'-lisairc, » ils virent qu'il

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