‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 17 sur 162 · VI ji3I O 1 fi tS · texte numérisé non relu

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du tf'te-a-tete; mais un désir faible, timide, mal assuré, tel qu'il était tiaus un homme vieilli par les plaisirs plus que par les années, avait besoin d'être encouragé, et un air de décence, de réserve et de modestie n'était pas ce tju'il lui fallait. La jeune femme le sentait bien. « Aussi, nous disaitelle, il n'osera jamais être que mon ami, j'en suis sûre, et je m'en tiens là. »

Elle lui parla cependant un jour de ses maîtresses, et lui demanda s il avait jamais été véritablement amoureux. Il répondit qu'il l'avait été de madame de Châteauroux. — Et de madame de Pompadour? — ]Von, dit-il, je n'ai jamais eu de l'amour pour elle. — Vous l'avez cependant gardée aussi long-temps qu'elle a vécu. — Oui, parce que la renvoyer, ceût été lui donner la mort. Cette naïveté n'était pas séduisante : aussi madame de Séran ne fut-elle jamais tentée de succéder à une femme que le roi n'avait gardée que par pitié.

Elle en était à ces termes avec lui, lorsqu'elle et moi, nous quittâmes tout pour accompagner aux eaux notre amie malade et mourante.

Madame de Séran recevait régulièrement , tous les courriers, une lettre du roi, par l'entremise de Janel ; j'en étais confident; je l'étais aussi des réponses; je l'ai été depuis, tant qu'a duré leur correspondance; et je suis témoin oculaire de rhonnèteté de cette liaison. Les lettres du roi étaient remplies d'expressions qui ne laissaient

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rien d'équivoque. « Vous n'êtes que trop respectable!... Permettez-moi de vous baiser les mains... permettez au moins, dans l'éloignement, que je vous embrasse. » Il lui parlait de la mort du dauphin , qu'il appelait notre saint héros , et lui disait qu'elle manquait aux consolations dont il avait besoin sur une perte aussi cruelle. Tel était son langage , et il n'aurait pas eu la complaisance de déguiser ainsi le style d'un amant heureux. J'aurai lieu de parler encore de ces lettres du roi , et de l'impression qu'elles firent sur un esprit moins facile à persuader que le mien. En attendant, j'observe ici que le roi, à son âge, n'était pas fâché de trouver à goûter les charmes d'une liaison de sentiment, d'autant plus piquante et flatteuse, qu'elle lui était nouvelle, et que, sans compromettre son amour-propre, elle le touchait par l'endroit le plus délicat.

Quoique le bruit que faisait Bélisaire et la célébrité que les Contes moraux avaient dans le nord de l'Europe , m'eussent déjà rendu assez remarquable parmi celte foule au milieu de laquelle je vivais, une aventure assez honorable pour moi m'attira de nouvelles attentions. Un malin, en passant devant la grande auberge où se tenait le Ridotto , je m'entendis appeler par mon nom. Je lève la tète, et je vois à la fenêtre d'où venait la voix , un homme qui s'écrie , cest lui-même^ et qui disparaît. Je ne l'avais pas reconnu; mais dans l'instant je le vois sortir de l'au-

berj^e, courir à moi et m'cnibrasser en disant . « L'heureuse rencontre ! » C'était le prince (\c Brunswick. « Venez, ajouta-t-il, (juc je vous présente à ma femme; elle va être bien contente. » Et, en entrant chez elle : « Madame, lui dit-il, vous désiriez tant de connaître l'auteur de Bc/isaire et des Contes moraux! Le voici, je vous le présente. » Son altesse royale, sœur du roi d'Angleterre, me reçut avec la même joie et la même cordialité dont le prince me présentait. Dans ce moment, les magistrats de la ville les attendaient à la fontaine, pour la faire ouvrir devant eux et leur montrer la concrétion de soufre pur qui se formait en stalactite sous la pierre du réservoir; espèce d'honneur qu'on ne rendait qu'à des personnes principales. « Allez-y sans moi, dit le prince à sa femme; je passerai plus agréablement ces moments avec Marmontcl. w Je voulus me refuser à cette faveur; mais il fallut rester avec lui au moins un quart-d'heure, enfermés tète-à-téte; et il l'employa à me parler avec enthousiasme des gens de lettres qu'il avait vus à Paris, et des heureux moments qu'il avait passés avec eux. Ce fut là (ju il me dit que l'idée affligeante qui lui était restée de notre commerce, était qu'il fallait renoncer à l'espérance de nous attirer hors de notre patrie, et qu'aucun souverain de l'Europe n'était assez riche, assez puissant pour nous dédommager du bonheur de vivre entre nous. Enfin, pour l'engager à se rendre à la fontaine.

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