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que jamais. Elle voulut retourner à Paris ; nous la ramenâmes à peine, et elle ne fit plus que languir.
Pour la laisser reposer en chemin , nous venions à petites journées. A Liège, où nous avions couché, je vis entrer chez moi, le matin, un bourgeois d'assez bonne mine, et qui me dit : « Monsieur , j'ai appris hier au soir que vous étiez ici; je vous ai de grandes obligations, je viens vous en remercier. Mon nom est Bassompierre ; je suis imprimeur-libraire dans cette ville ; j'imprime vos ouvrages, dont j'ai un grand débit dans toute l'Allemagne. J'ai déjà fait quatre éditions copieuses de vos Contes moraux ;]e suis à la troisième édition de Bélisaire. — Quoi! monsieur, lui dis-je en l'interrompant, vous me volez le fruit de mon travail , et vous venez vous en vanter à moi ! — Bon, reprit -il, vos privilèges ne s'étendent point jusqu'ici : Liège est un pays de franchise. Nous avons droit d'imprimer tout ce qu'il y a de bon; c'est-là notre commerce. Qu'on ne vous vole point en France , où vous êtes privilégié , vous serez encore assez riche. Faites-moi donc la grâce de venir déjeuner chez moi ; vous verrez une des belles imprimeries de l'Europe, et vous serez content de la manière dont vos ouvrages y sont exécutés. )j Pour voir cette exécution, je me rendis chez Bassompierre. Le déjeuner qui m'y attendait était un ambigu de viandes froides et de poissons. Les Liégeois me firent fête.
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J'étais à table entre les deux demoiselles Bassonipicrre qui, en me versant du vin du Rhin, nie disaient : « Monsieur Marmontel, qu'allez-vous faire à Paris, où l'on vous persécute? Restez ici, logez chez mon papa ; nous avons une belle chambre à vous donner. Nous aurons soin de vous; vous composerez tout à votre aise, et ce que vous aurez écrit la veille sera in^primé le lendemain. » Je lus presque tenté d'accepter la proposition. Bassompierre, pour me dédommager de ses larcins , me fit présent de la petite édition de Molière que vous lisez; elle me coûte dix mille écus.
A Bruxelles, on me donna la curiosité de voir un riche cabinet de tableaux. L'amateur qui l'avait formé était, je crois, un chevalier Yérule, homme mélancolique et vaporeux, cpii, persuadé qu'un souffle d'air lui serait mortel, se tenait renfermé chez lui comme dans luie boîte. Son cabinet n'était ouvert qu'à des personnes considérables ou à de fameux connaisseurs. Je n'étais rien de tout cela; mais, après avoir pris une idée de son caractère, j'espérai ramener à me bien recevoir. Je me fis présenter à lui. « Ne vous étonnez pas, lui dis-je, monsieur le chevalier, qu'un homme de lettres qui fréquente à Paris les artistes les plus célèbres et les amateurs des beaux- arts, veuille pouvoir leur dire des nouvelles d'un homme pour lc(}ucl ils ont tous l'estime la plus distinguée. Ils sauront que j'ai passé