LIVRE I X
pondre à leur confiance. J'y répondis si bien que , dans la suite, ils m'avouèrent que j'avais passé leur attente. Mais reprenons le fil des événements de ma vie, que mille accidents variaient.
La mort du roi venait de produire un changement considérable à la cour, dans le ministère, et singulièrement dans la fortune de mes amis.
M. Bouret s'était ruiné à bâtir et à décorer pour le roi le pavillon de Croix-Fontaine; et le roi croyait fen payer assez en Flionorant, une fois l'année, de sa présence dans un de ses rendez-vous de chasse; honneur qui coûtait cher encore au malheureux, obligé, ce jour-là, de donner à toute la chasse un dîner pour lequel rien n'était épargné.
J'avais gémi plus d'une fois de ses profusions; mais le plus libéral , le plus imprévoyant des hommes avait, pour ses véritables amis, le défaut de ne jamais vouloir écouter leurs avis sur l'article de sa dépense. Cependant il avait achevé d'épuiser son crédit en bâtissant sur les Champs- Elysées cinq ou six maisons à grands frais, lorsque le roi mourut sans avoir seulement pensé à le sauver de sa ruine; et cette mort le laissant noyé de dettes, sans ressource et sans espérance, il prit, je crois, la résolution de se délivrer de la vie : on le trouva mort dans son lit. Il fut , pour son malheur, imprudent jusques à la folie; il ne lut jamais, malhonnête.
Madame de Séran fut plus sage. IN 'ayant plus,
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à la mort du roi, aucune perspective de faveur et de protection, ni pour elle, ni pour ses enfants, elle fit un emploi solide de l'unique bienfait qu'elle avait accepté; et le nouveau directeur des bâtiments, le comte d'Angiviller, lui ayant proposé de céder, pour lui, son botel à uu prix convenable, elle v consentit. Ainsi nous fumes délogés l'un et l'autre, en J'j'jG, trois ans après qu'elle m'eut accordé cette heureuse hospitalité.
L'avènement du nouveau roi à la couronne fut suivi de son sacre dans l'église de Reims.
En qualité d'historiographe de France, il me fut enjoint d'assister à cette cérémonie auguste. Je ne répéterai point ici ce que j'en ai dit dans une lettre qui fut imprimée à mon insu, et que j'ai depuis insérée dans la collection de mes œuvres; elle est une faible peinture de l'effet de ce grand spectacle sur cinquante mille âmes que j'y vis rassemblées. Quant à ce qui m'est personnel , jamais rien ne m'a tant ému.
Au reste, j'eus, dans ce voyage, tous les agréments que ma place pouvait m'y procurer, et je crus les devoir à la manière honorable dont le maréchal de Beauvau , capitaine des gardes en exercice , et mon confrère à l'Académie française , eut la bonté de me traiter.
De toutes les femmes que j'ai connues, celle dont la politesse a le plus de natiuel et de charmes, c'est la maréchale de Beauvau ; elle mit, ainsi que son époux, une attention délicate et