‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 51 sur 162 · LIVRE X. l · texte numérisé non relu

LIVRE X. l

l'exercice, la vie résflée de la campagne lui avaient été favorables ; et l'hiver nous ayant ramenés à Paris, elle y mit au monde le plus beau de nos enfants. Ainsi, pour nous encore, tout semblait prospérer; et, jusque-là, rien de plus doux que la vie que nous menions.

Atys , en dépit de l'envie , avait le même succès qu'avait eu Roland Les beaux airs de ces deux opéras, chantés au clavecin, faisaient les délices de notre société dans les concerts de la comtesse d'Houdetot , et de sa belle -sœur madame de la Briche.

Celle-ci, bonne musicienne, et chantant avec goiit , quoique avec une faible voix , avait la rare modestie de réunir chez elle des talents qui effaçaient les siens; et , loin d'en témoigner la moindre jalousie, elle était la première à les faire briller. Parfait modèle de bienséance , sans aucune affectation , aisée dans sa politesse , facile dans ses entretiens, ingénue dans sa gaîté , contant bien, causant bien , elle était simplement et naturellement aimable. Son langage et son style étaient purs et même élégants; mais sensible jusqu'à l'amitié, rien de passionné n'altérait la douceur et l'égalité de son ame. Ce n'était point la femme que l'on aurait désirée pour être vivement ému, mais c'était celle qu'on aurait choisie pour jouir d'un bonheur tranquille.

En parlant de mes anciennes sociétés , j'ai dit que j'y avais vu M. Turgot ; mais , soit que nos

mœurs et nos caractères ne se convinssent |);is assez, soit que ma liaison avec M. Necker lui fléplùt encore flavantage, il ne m'avail jamais lémoigné que de la froideur. Cependant, comme ancien ami de Tabbé Morellot, il avait pris part à mon mariage; et je dus à ma femme quelques marques de ses bontés: j'y répondis avec d'autant plus de respect qu'il était disgracié, et que je le voyais sensible à sa disoràce.

Cependant , je perdais successivement mes anciens amis. L'ambassadeur de Suède , rappelé auprès de son roi pour être son ministre de confiance, me fut enlevé poiir toujours. Celui de Naples nous quitta pour aller être vice -roi en Sicile. L'une et l'autre séparation me fut d'autant plus douloureuse, qu'elle devait être éternelle. Les lettres de Caraccioli étaient remplies de ses regrets. Il ne cessait de m'appeler en Sicile avec ma famille , offrant de m'envoyer à Marseille un navire pour nous transporter à Palerme.

J'ai dit quelle était, depuis quarante ans, mon amitié pour d'Alembert , et quel prix je devais attacher à la sienne. Depuis la mort de mademoiselle l'Espinasse , il était consumé d'ennui et de tristesse. Mais quelquefois encore il laissait couler, dans la [)rofonde plaie de son cœur , quelques gouttes du baume de cette amitié consolante. C'était sur-tout avec ma femme qu'il se plaisait à faire tliversion à ses peines. Ma lemme

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