‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 57 sur 162 · I -O M y. "MOIRES · texte numérisé non relu

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toutefois qu'il s'explique et qu'il articule des faits. Mettez-moi vis-à-vis de lui. »

Je proposai cette entrevue; et l'accusateur l'accepta; mais je ne voulus pas être seul témoin et arbitre; et, en les invitant tous les deux à diner, je demandai qu'il me fut permis d'admettre à ce dîner deux académiciens des plus intègres et des plus sages, M. Thomas et M. Gaillard,

Le diner se passa paisiblement et décemment; mais, au sortir de table, nous étant retirés tous les cinq dans un cabinet : « INIessieurs, dis -je à nos deux arbitres, INI. de L. II. croit avoir à se plaindre de M. L. M.; celui-ci prétend que la plainte n'est pas fondée ; nous allons les entendre. Parlez, M. de L. H.; vous serez écouté en silence; et de même en silence M. L. M. sera entendu après vous. »

L'accusation était grave. Il s'agissait d'une satire que L. IM. aurait conseillé à un Russe, ami de L. II. , de faire contre lui, dans le temps qu'ils étaient tous les trois de la même société. Le comte de Schouvalof, le seul témoin que L. II. aurait pu produire, était retourné en Russie; et, comme on ne pouvait l'entendre , on ne pouvait le relu ter.

L'abbé Maury, dans sa défense, fut donc réduit à discuter l'accusation en elle-même, et ce fut par les circonstances quil fallut démontrer fju'ellc se démentait. C'est ce qu'il fit avec tant d'ortlre, de précision, de clarté, avec une pré-

sence d'esprit et de mémoire si merveilleuse, que nous en fûmes confondus. Enfin , dans cette discussion, il serra de si près son adversaire, et avec tant de force, que celui-ci resta muet. L'avis unanime des trois témoins fut donc que L. H. n'avait aucun reproche à faire à L. M. ; et il y eut devant nous, entre eux, une apparence de réconciliation.

« Je n'en crois pas moins, me dit L. H. , ce que m'a certifié mon ami Schouvalof. — Vous pouvez le croire, lui dis-je; mais, en honnête homme, vous n'avez plus droit de le dire ; et, sans compter mon opinion, celle de deux hommes aussi justes, aussi impartiaux que Thomas et Gaillard, doit vous fermer la bouche. Pour moi, si, dans le monde, j'entendais répéter vos plaintes, trouAez bon que je rende compte de ce qui vient de se passer chez moi. »

Je pris le même soin d'éclaircir tous les autres faits imputés à L. M. Je les trouvai tous supposés, et non-seulement dénués de preuves, mais dépourvus de vraisemblance. Dès-lors on eut beau s'obstiner à me dire du mal de lui, je répondis que, dans la louange comme dans la satire, les épithètes gratuites ne prouvaient que la bassesse du flatteur ou la malice du médisant; je défiai même les malveillants d'articuler un fait que je ne fusse en état' de détruire; et, de tout mon crédit, j'engageai mes confrères à consoler un grand talent d'une grande persécution, en le re-

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cevant à rAcadémic. H fut rcrii; et, dès-lors, rien

lie lïit plus intime que notre mutuelle amitié.

L'abbé M. avait, dans le caractère, un excès d'énergie et de véliémence qu'il contenait difficilement, mais qu'il me laissait modérer. Quand je trouvais en lui des mouvements impétueux à réprimer, je les lui reprochais avec une franchise qui le soulevait quelc[uefois, mais qui ne lirritait jamais, il était violent et tloux, et aussi juste que sensible.

Un jour, dans son impatience, il me dit que j'abusais trop de l'ascendant que j'avais pris sur hii. « Je n'ai, lui dis-je, et ne veux avoir sur vous d'autre ascendant que celui de la raison animée par l'amitié; et, si j'en use, ce n'est que pour vous empêcher de vous nuire à vous-même, ,1e connais la bonté, la droiture de votre cœur; mais TOUS avez encore trop de feu et trop de verdeur dans la tète. Votre esprit n'est pas mûr, et cette sève qui en fait la force a besoin d'être tempérée. Vous savez avec quel plaisir je loue en vous ce qui est louable; avec la même sincérité, je reprendrai ce qui sera répréhensible; et, lorsque je croirai qu'une vérité dure vous .sera nécessaire, je vous estime trop pour croire avoir besoin de l'adoucir. Au reste, c'est ainsi que j'entends être votre ami. Si la condition vous déplaît, vous n'avez qu'à le dire, je cesserai de l'être. » Pour toute réponse, il m'embrassa.

« Ce n'est pas tout , rcpris-je : cette sévérité

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