‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 64 sur 162 · LIVRE X I r. 20a · texte numérisé non relu

LIVRE X I r. 20a

veillance ressemblait trop à de rentétement. Ce Alt par-là que son crédit sur l'esprit du roi reçut une atteinte mortelle.

Dans une émeute populaire qu'excita la cherté du pain, en 1775, le roi, qui avait pour lui encore cette estime dont Maurepas était jaloux, lui donna toute confiance, et lui laissa tout pouvoir d'agir. Turgot n'eut pas la politique de demander que Maurepas fût appelé à ce conseil secret où le roi se livrait à lui, et de plus il eut l'imprudence de s'engager hautement à prouver que l'émeute était commandée. Le Noir, lieutenant de police, fut renvoyé sur le soupçon d'avoir été d'intelligence avec les auteurs du complot. Il est certain que le pillage des boutiques de boulangers avait été libre et tranquille. L'émeute avait aussi une marche préméditée qui semblait accuser lui plan ; et , quant au personnage à qui Turgot l'attribuait, je n'oserais pas dire que ce fût sans raison. Dissipateur nécessiteux, le prince de Conti, plein du vieil esprit de la Fronde, ne remuait au parlement que pour être craint à la cour ; et , accoutumé dans ses demandes à des complaisances timides, un respect aussi ferme que celui de Turgot devait lui paraître offensant. Il était donc possible que, par un mouvement du peuple de la ville et de la campagne, il eût voulu semer le bruit de la disette, en répandre l'alarme, et ruiner dans l'esprit du roi le ministre importun dont il n'attendait rien. Mais, qu'il y

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eût plus ou moins d'apparence dans cette cause de l'émeute, 'i'uii^ot n'en put doinicr la preuve qu'il avait promise; ce faux pas décida sa clmte.

IMaurepas fit entendre au roi que cette invention d'iui complot chimérique n'était que la mauvaise excuse d'un homme vain, qui ne voulait ni convenir, ni revenir de son erreur; et que, dans ime place qui demandait toutes les précautions de l'esprit de calcul et toute la souplesse tie l'esprit de conduite, une tète systématique, entière et obstinée dans ses opinions , n'était pas ce qu'il lui fallait.

Turgot fut renvoyé ( mai 1 776 ) , et les finances furent livrées à Clugny, lequel parut n'être venu que pour y faire le dégât avec ses compagnons et ses filles de joie, et qui mourut dans le ministère , après quatre ou cinq mois d un pillage impudent, dont le roi seul ne savait rien. Taboureau prit sa place , et , en honnête homme qu'il était, il s'avoua bientôt incapable de la remjji'r. On lui avait donné pour second, sous le titre de directeur du trésor royal, un homme dont lui-même il reconnut la supériorité. Sa modestie honora sa retraite. Et, en qualité de directeurgénéral des finances, Necker lui succéda.

Ce Genevois, qui depuis a été le jouet de l'opinion, et si diversement célèbre , était alors l'un des banquiers les plus renommés de l'Europe. Il jouissait dans son état de la confiance pul)li(jue et d'un crédit très -étendu. Du côté des talents,

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