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il avait fait ses preuves; et, sur des objets analogues au ministère des finances, ses écrits avaient annoncé un esprit sage et réfléchi ; mais pour lui, un autre mérite auprès de Maurepas , était la haine de Turgot. Voici la cause de celte haine.
Turgot, pour le commerce , l'industrie et l'agriculture , ne pouvait souffrir le régime réglementaire de Colbert; il regardait comme un droit inhérent à la propriété , une liberté sans réserve de disposer, chacun à son gré, de son bien et de ses talents; il voulait qu'on laissât l'intérêt personnel se consvdter lui-même, et se conduire, persuadé qu'il se conduirait bien , et que , de l'action réciproque des intérêts particuliers, résulterait le bien général. Necker , plus timide , pensait que l'intérêt , dans presque tous les hommes, avait besoin d'être conduit et modéré; qu'en attendant qu'il eût reçu les leçons de l'expérience , il serait bon d'y suppléer par la sagesse des règlements; que ce n'était point à la cupidité privée qu'il fallait confier le soin du bien public; que si, pour la tranquillité et pour la sûreté d'une nation entière , la liberté civile , la liberté morale devaient être restreintes et soumises à des lois , il était juste aussi que la liberté du commerce pût être modérée , et même suspendue, toutes les fois sur-tout qu'il y allait du salut commun; que la propriété des biens de première nécessité n'était pas assez absolument individuelle pour donner à une partie de la na-
lion le droit de laisser périr rnulrc; et qu'autant il serait injuste de tenir ces biens à vil prix, autant il le serait de les laisser monter à une valeur excessive; qu enfin laisser le riche avare dicter au pauvre avec trop d'empire la dure loi de la nécessité , ce serait mettre la multitude à la merci du petit nombre, et qu'il était de la sagesse et du devoir de l'administration de tenir entre eux la balance.
« L'avarice , disait Turgot , ne sera point à craindre où régnera la liberté, et le moven d'assurer l'abondance , c'est de laisser aux objets de commerce une pleine circulation. Le blé sera cher quelquefois ; mais la main-d'œuvre sera chère , et tout sera mis au niveau. »
« Quand le prix du blé montera progressivement , disait ]Vecker , sans doute il réglera le prix de l'industrie et de tous les salaires , et personne n'en souffrira ; mais quand le blé s'élèvera subitement à une valeur excessive, le peuple aura long -temps à souffrir avant que tout soit de niveau. »
Dans ce système de surveillance et de liberté modérée, Necker avait fait l'éloge de (loîbert, et cet éloire avait eu du succès. C'était un double crime que Turgot ne pardonnait pas. Ce zélateur de la liberté du commerce et de l'industrie se croyait infaillible dans son opinion; et, lui attribuant toujours le caractère de févidence, il regardait celui qui ne s'y rendait pas comme étant de mauvaise foi.