LIVRE XII
D'abord, se croyant à la source d'une richesse intarissable, sans calculer ni les besoins ni les dépenses qui Tattendaient; ivre de sa prospérité, dans laquelle il s'imaginait voir bientôt celle de l'Etat; dédaignant toute prévoyance, négligeant toute économie, comme indigne d'un roi puissant; persuadé que le premier art d'un homme en place était l'art de plaire; livrant à la faveur le soin de sa fortune , et ne songeant qu'à se rendre agréable à ceux qui se font craindre pour se faire acheter, il se vit tout-à-coup environné de louange et de vaine gloire. On ne parlait que des grâces de son accueil et des charmes de son langage. Ce fut pour peindre son caractère qu'on emprunta des arts l'expression déformes élégantes; et V obligeance ^ ce mot nouveau, parut être inventé pour lui. Jamais, disait-on, le ministère des finances n'avait été rempli avec autant d'enjouement, d'aisance et de noblesse. La facilité de son esprit dans l'expédition des affaires étonnait tout le monde , et la gaîté avec laquelle il traitait les plus sérieuses le faisait admirer comme un talent prodigieux. Ceux même enfin qui osaient douter qu'il fût le meilleur des ministres, étaient forcés de convenir qu'il en était le plus charmant. On publiait que son travail avec le roi n'était qu'un jeu, tant sa légèreté y semait d'agrément; rien d'épineux, rien de pénible, nul embarras pour le présent , nulle inquiétude pour l'avenir. Le roi était tranquille, et tout le monde était
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content, lorsqu'au bout de trois ans et quelques mois (le ce brillant et riant ministeie, lut révélé le secret funeste tle la ruine de 1 Etat.
Ce fut alors que Ton vit dans C.alonne des ressources et du courage. Apres avoir inutilement épuisé tous les moyens de ranimer le crédit expirant, il vil que sa seule espérance était dans quelque coup d'éclat qui donnât aux édits l'aspect d'une restauration de la chose publique; et, pour les montrer revêtus d'une autorité imposante, il demanda au roi une assemblée de notables, où il exposerait la situation des finances, afin d'aviser avec elle aux moyens de remplir le vide qu'il y avait trouvé, disait-il, et que la guerre dans les deux Indes avait du augmenter encore.
Cette assemblée fut ouverte à \ ersailles le iJt février 1787. Le travail que Calonne y présenta était vaste et hardi, et peut-être méritait-il plus de faveur qu'il n'en obtint; car il touchait au\ grands movens d'accroître la somme de l'impôt ^ et en même tem[)s de la rendre plus légère en la divisant. Mais les notables étaient du nombre de ceux qu'allaient frapper les nouvelles impositions; et c'est à quoi, bien malheureusement pour eux et pour l'État, ils n'avaient jamais pu consentir. Des projets de Calonne, les uns furent jut^és confus et captieux, d'autres pleins de dilficultcs qui les rendaient impraticables, d'autres enfin niau\ais. (juand même ils auraient pu s'exécuter. Tel fut le résultat des observations des