‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 75 sur 162 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

vérifier et de consentir les édits, la nation se donnerait des représentants moins traitables. C'était là ce que le ministre et le parlement d'intelligence devaient prévoir et prévenir.

Pour trancher la difficulté, Brienne fit tenir au roi un lit de justice à Versailles, où, par exprès commandement, furent enregistrés l'édit du timbre et celui de l'impôt territorial; ce vieil enfant était étranger à son siècle. Le lendemain, le parlement ayant déclaré nulle et illégale la transcription des deux édits sur ses registres, l'expédient que trouva Brienne fut d'exiler le parlement et d'en disperser tous les membres.

Le garde des sceaux, Lamoiguon, homme d'un caractère ferme et franc, mais d'un esprit sage, combattit victorieusement dans le conseil cet avis de Brienne : il fit sentir que des magistrats dispersés seraient inaccessibles à toute négociation, et il conclut en disant au roi que, si la translation des cours souveraines pouvait quelquefois être utile, l'exil individuel des magistrats serait toujours une imprudence du ministère,

Brienne , pour qui, cette idée de translation parut toute nouvelle, l'adopta sur-le-champ, et fit signer au roi des lettres- patentes qui transféraient le parlement de Paris à Troyes. IjC garde des sceaux demanda quelque délai ; il fut mai écouté; et Brienne, en présence du roi, lui dit : « Vos idées sont excellentes; mais vous êtes trop ient dans vos résolutions. « A peine le parlement

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i\it-ii arrivé a Troyes, que Kricnne, en conférant avec le garde des sceaux, se souvint, comme par hasard, que la présence de celle cour lui sérail nécessaire pour ses emprunts du mois de novembre. « Si j'y avais pensé plutôt, s'écria-t-il, je ne Taurais pas exilé; il faut le rappeler bien vîte; » et aussitôt ses émissaires furent mis en activité. ( C'est du garde des sceaux que je tiens ces détails ).

Lamoignon, membre du parlement avant d'être gartle des sceaux, avait fait connaître ses vues pour la réforme de nos lois; on le savait occupé (les moyens de simplifier la procédure, et d'en diminuer les longueurs et les frais; c'était, aux \eu\ de son ancien corps, une espèce d'hostilité qui l'y faisait craindre et haïr. Brienne, instruit de cette aversion du parlement pour le garde des sceaux, imagina de lui en promettre le renvoi, s'il voulait se rendre traitable. « Ma lettre de créance est partie, dit-il à Lamoignon, après avoir écrit. — Quelle lettre, demanda Lamoignon? — Celle , lui répondit Brienne , où j'ai promis votre disgrâce, si l'on se met à la raison; mais n'en soyez pas moins tranquille. »

La lettre arrive à Troyes; elle est communiquée , et une révolution soudaine s'opère dans tous les esprits. On se persuade que l'exil, les coups, d'autorité, le despotisme du ministre viennent de celui (pii médite dès long-temps la ruine de la magistrature; « Bvieiinc, livré à lui-mcme ,

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