‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 8 sur 162 · LIV R E VIII · texte numérisé non relu

LIV R E VIII

pour la religion, du désir que j'avais de ne laisser aucun nuage sur ma doctrine et celle de mon livre, et je ne lui demandai pour grâce que d'être admis à m'expliquer devant lui avec ses docteurs sur tous les points qui, dans ce livre, leur paraissent repréhensibles. Ce personnage de médiateur, de conciliateur, parut lui plaire. Il me promit d'agir, et, de mon côté, il me dit d'aller voir le syndic de la faculté , le docteur Riballier , et de m'expliquer avec lui.

J'allai voir Riballier : nos entretiens et ma correspondance avec lui sont imprimés ; je vous y renvoie.

Les autres docteurs qu'assembla l'archevêque à sa maison de Conflans, où je me rendais pour y conférer avec eux , fureïit un peu moins malhonnêtes que Riballier; mais, dans nos conférences, ils portaient aussi Ihabitude de falsifier les passages pour en dénaturer le sens. Armé de patience et de modération, je rectifiais le texte qu'ils avaient altéré , et leur expliquais ma pensée, en leur offrant d'insérer en notes ces explications dans mon livre, et l'archevêque était assez content de moi; mais ces messieurs ne l'étaient pas. ce Tout ce que vous nous dites -là est inutile, conclut enfin l'abbé le Fèvre (vieil ergoteur que dans l'école on n'appelait que la Grande Cateau)y il faut absolument faire disparaître de votre livre le quinzième chapitre; c'est-là qu'est le venin. »

« — Si ce que vous me demandez était possible , lui rc[)ondis-je, peut-être le ferais-je pour Tamour (le la paix; mais, à l'heure qu'il est, il y a quarante uiille exemplaires de mon livre répandus dans l'Europe; et, dans toutes les éditions qu'on en a faites et qu'on en fera, le quinzième chapitre est imprimé, et le sera toujours. Que servirait donc aujounlhui d'en faire une édition où il ne serait pas ? Personne ne l'achèterait cette édition mutilée ; ce serait de l'argent perdu pour moi - même ou pour mon libraire. — Eh bien ! me dit-il, votre livre sera censuré sans pitié. — Oui, sans pitié, lui dis-je, monsieur l'abbé , je m'y attends si c'est vous qui en rédigez la censure; mais Monseigneur me sera témoin que j aurai fait, pour vous adoucir, tout ce que raisonnablement vous pouviez exiger de moi. »

« — Oui , mon cher monsieur Marmontel , me dit l'archevêque, sur bien des points j'ai été content de votre bonne foi et de votre docilité; mais il y a un article sur lequel j'exige de vous une rétractation authentique et formelle ; c'est celui de la tolérance. — Si Monseigneur veut bien, lui dis-je, jeter les yeux sur quelques lignes que j'ai écrites ce matin, il y verra nettement expliqué quelle est, à ce sujet, mon opinion personnelle, et quels en sont les motifs. » Je lui présentai cette note, que vous trouverez imprimée à la suite tle Bclisaire. Il la lut en silence , et la fit passer aux docteurs. « Ron ! dirent-ils, des

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