LIVRE X I I Y. '13 J
fenseurs. La magistrature se fit protéger par la populace; et sous les yeux de la grande police furent impunément commis tou^ les excès de la plus grossière licence; pernicieux exemple, que l'on n'a que trop imité! Ce fut donc par le parlement que fut d'abord provoqué l'insurrection et la révolte. La bonté du roi ne se lassa point d'épargner les voies de rigueur. Il fit poster des gardes aux avenues du palais ; mais il leur fit prescrire de n'employer leurs armes qu'à mettre en sûreté la vie et le repos des citoyens. Ce fut ainsi que le tumulte fut contenu et réprimé sans violence. Cependant , soit par l'inaction d'une police timide et faible , soit par l'impidsion de ceux qui, en excitant le trouble, répondaient de l'impunité , les mouvements séditieux parmi le peuple de Paris allaient toujours croissant.
Dans les provinces , le despotisme des parlements, chacun dans son ressort, la sécurité dont jouissaient leurs membres dans les vexations qu'ils exerçaient sur leurs voisins, leur arrogance , leur orgueil, n'étaient pas faits pour rendre leur cause intéressante ; mais par leurs relations et leurs intelligences dans la classe privilégiée , ils formaient avec elle un parti nombreux et puissant. Le peuple même s'était laissé persuader que la cause des parlements était la sienne. Il croyait en Bretagne qu'il s'agissait d'un impôt sur les sallains; on lui disait ailleurs qu'il était menacé de nouvelles concussions; et les magistrats s'abais-
saient jusqu'à répandre eux-mêmes ces mensonges.
Brienne, au ^ilieu de ces agitations, apprit que la noblesse de Bretagne envoyait douze députés pour dénoncer au roi Tiniquité de son lit de justice. Aussitôt le ministre de la maison du roi, le baron de Breteuil, eut ordre de faire avancer la maréchaussée jusqu'à Senlis pour les y attendre et pour les renvoyer. L'ordre fut mal exécuté; les députés passèrent; mais à peine arrivés, ils furent mis à la Bastille. Incontinent la noblesse bretonne, au lieu de douze députés, en envoya cinquante-quatre. Ceux-ci furent admis à l'audience du roi et les douze autres relâchés. Le baron de Breteuil, accusé par Brienne de le mal seconder, ne dissimula point sa répugnance à faire ce qu'il n'approuvait pas, et il demanda sa retraite.
Dans ce même temps, la province de Dauphiné leva l'étendard de la liberté , en se donnant à elle-même cette constitution qui, vantée comme im modèle, a eu depuis tant d'influence. Dans la nouvelle forme que le Dauphiné donnait à ses états, le tiers avait la moitié des voix. Brienne, avec sa légèreté naturelle, autorisa cette disposition, ne voyant jamais rien au-delà du moment. Enfin , réduit par sa faiblesse et par l'insurrection générale des parlements , à capituler avec eux , il consentit à ce qu'il avait refusé avec le plus de résistance , et , par un arrêt du coilseil du 8