‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 82 sur 162 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

nie et la police intimidée ; la discipline même chancelante parmi les troupes, et attaquée dans ce principe d'obéissance et de fidélité qui en est le nerf et le ressort ; tout l'ancien droit public discuté et mis en problème ; enfin toutes les classes et tous les ordres de l'Etat , sans convenir les uns avec les autres, ni chacun d'eux avec luimême, sur ce que devaient être les états -généraux, s'accordant à les demander avec les plus vives instances, et jusque-là ne voulant entendre à aucune subvention : telle était la crise effrayante où Necker trouvait le royaume.

Son premier soin fut de rétablir Tordre : l'interdiction des parlements fut révoquée, la justice reprit son cours, et les lois de police leur force et leur action. Le trésor, vide à l'arrivée de Necker, parut tout-à-coup se remplir: les caisses en furent ouvertes; et si le désolant arrêt du i6 août ne fut pas révoqué d'abord , au moins futil comme annulé : tout fut payé en espèces sonnantes; et, quelques semaines après, un nouvel arrêt du conseil acheva d'effacer la honte de la faillite de Brienne,

En laissant tomber ce ministre diserracié dans le mépris, la haine publique s'était jetée sur Lamoignon , regardé comme son complice ; il fallut le sacrifier. Cependant, comme je dois plus à la vérité qu'à l'opinion , j'oserai dire que le roi perdit dans Lamoignon un bon ministre, et lÉtal un bon citoyen. Trompé par la réputation que

Mémoires. IT. I ^

Briennc «ivait usurpée, Lamoignou n'avait vu d'abord rien de meilleur à faire que de se lier avec lui , sous la promesse réciproque d'agir ensemble et de concert. Il ne fut pas long-temps à reconnaître en lui une tète vide et légère; mais, en le voyant s'engager dans des défilés dangereux , il l'avertit souvent, l'arrêta quelquefois, et ne l'abandonna jamais. Le tort ou le malheur de Lamoignou fut d'être mal associé. Il voulait ardemment le bien, il aimait tendrement le roi : il m'a dit à moi-même qu'il ne connaissait pas un meilleur ni un plus honnête homme : et lui, plein de ce vieil esprit d'intégrité de ses ancêtres, il semblait avoir pris pour ses vertus de caractère le courage et la loyauté. La haine même des parlements était un éloge pour lui. L'estime, et, en secret, la confiance du roi, l'avaient suivi dans sa retraite de Bâville. Mais, ou le chagrin de l'exil , ou quelque peine domestique lui fit abandonner la vie (le i8 mai 1789), et lui épargna des spectacles dont il serait mort de douleur.

Necker avait pris dans le conseil un ascendant qu'on n'aura point de peine à concevoir, en voyant ce qu'avait produit son retour dans le ministère. Un hiver, aussi rude et plus long que celui de 1709, faisait paraître encore plus étonnantes les ressources de ce ministre. Aucun nouvel impôt, aucun nouvel emprunt connu; et au moyeu d'un peu de lenteur qui n'excitait aucune plainte, les rentes, les ])ensions, les dettes exigibles ré-

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